Profitant d'un passage dans le coin, je suis allé aux Journées Portes Ouvertes des ateliers d'artistes de Montreuil. A chaque atelier, un décor, une démarche, une vision du monde et un engagement artistique souvent très fort. C'est intimidant, réjouissant, émouvant. Il y a beaucoup d'artistes à Montreuil et on pourrait passer facilement plusieurs journées à visiter ces ateliers. Mais il faut du temps pour digérer l'émotion de chaque visite, pour qu'elle se diffuse, faute de quoi on se retrouve vite devant des gondoles artistiques, dans un hypermarché de l'art. Je me suis donc restreint. Et alors que je finissais, lors de l'ultime visite, une grosse bouffée d'émotion a tout emporté : au fond d'une salle, une surface blanche maladroitement caligraphiée et le témoignage, en trois suspensions, d'un de ces drames sordides qui macèrent en secret dans la cellule familiale. A côté, un carré gris, sur lequel aurait dû prendre place la photo du témoin, vide.
Je ne sais pas pourquoi, peut-être que les autres réalisations m'y avaient préparé, j'en suis sorti bouleversé.
Celle qui a réalisé ce tableau, qui n'en est pas un, s'appelle Ilona Tikvicki. Je ne la connais pas, mais je la remercie, le mot étant bien faible.