Les Arts de la Rue viennent de faire leur "Rue Libre", une initiative qui hésite entre la manifestation de colère et la festivité. D'où une certaine ambiguïté dans la lisibilité. Le "Théâtre" (de salle, s'entend) a sa fête qui se concrétise par un certain nombre de réductions de tarifs et d'incitations à la fréquentation. Pour un Art qui repose en grande partie sur la gratuité d'accès, c'est évidemment difficile car, de gratuité, il ne peut y avoir en l'occurrence que celle de l'acte, ergo: personne n'est payé, ce sont les acteurs (au sens large du terme) qui payent de leur personne. Mais ce n'est pas tout à fait ce qui se passe: certaines compagnies sont en effet payées, d'autres défrayées, tandis que le plupart sont totalement bénévoles.
Trouvez un sens à tout cela ...
D'un côté, on se met à leur place, le dilemne est patent: offrir une manifestation gratuite quand on ne fait que ça n'a pas grand sens.
Quelles autres solutions ?
On peut imaginer quelque chose comme le 1er Mai: une grande manif des arts de la rue, à Paris, dans les grandes villes. Mais ce monde est quand même un petit monde (1000 cies au maximum) et ne pourra rivaliser avec les grands cortèges syndicaux qui, eux, ont l'inestimable avantage de fédérer l'ensemble des salariés.
Autre piste: une manifestation à l'instar de la Fête de la Musique (dans ses premières années), où il est proposé à l'ensemble de la population de venir à la sauvage s'exprimer dans la rue. Ceci pourrait avoir un certain retentissement, voire un retentissement certain. Pourquoi pas donc ? Sans doute parce que les arts de la rue, qui peinent, depuis le début, à se défaire d'une image d'"animation", craignent, en s'ouvrant aux pratiques amateures -voire spontanées- que l'image ne leur en revienne au nez. Raison singulière qui pourrait nous amener à nous interroger sur la sincérité de ces mêmes artistes de rue lorsqu'il prétendent par ailleurs oeuvrer pour un partage et un élargissement de la pratique de l'art dans l'espace public.
Je ne comprends pas cette réticence.
Ont-ils peur de se noyer ?
Les musiciens professionnels ont-ils moins de contrats parce que des amateurs viennent jouer spontanément dans la rue lors de la Fête de la Musique ?
Que défendent-ils en fait ? l'art ou les artistes ? la pratique ou le métier ? la culture ou le marché ?
La dernière hypothèse de solution pourrait consister à une journée Portes Ouvertes, sauf qu'ils n'ont pas tous des locaux, et que pour des gens oeuvrant en extérieur, ça pourrait sentir le renfermé.
Du coup, cette journée parait être une cote mal taillée, et pour nous, et pour eux d'ailleurs, car ils sont loin de tous en être.
Jusqu'où le volontarisme peut-il se jouer d'une certaine rationalité ?