On vient quand même de passer quasiment une année, voire plus, à gueuler contre les modifications portées aux lois régissant le travail. Pourtant, depuis que notre bien aimé président a eu la bonne idée d'utiliser le mot « fainéant », j'ai l'impression que c'est la première fois qu'on en parle vraiment, du travail, du goût qu'on peut en avoir ou n'en avoir pas, fondamentalement… Ah ! ces déclarations martiales vantant la cossardise, la flemme endémique, le poil dans la main, quelle jouissance ! quel plaisir ! quelle révélation ! Enfin, on parle vrai, enfin elle sort du bois, la seule vraie bonne revendication représentant une véritable avancée sociale et non pas l'aménagement vénal du servage habituel : le droit à la paresse.

C'est pas qu'on n'aime pas les patrons, les gars, c'est qu'on n'aime pas bosser, qu'on n'en a pas envie, que ça nous fait suer, en tous cas pour les autres ou pour des objectifs qu'on ne partage pas. Parce que quand on bosse pour nous, pour nos envies, nos besoins, nos croyances, c'est dingue le boulot qu'on est capable d'abattre, c'est dingue les horaires qu'on s'inflige pour peu que nous soyons branchés sur ce moteur : la passion.

Dans les multiples discussions, déclarations, revendications ici ou là ai-je entendu une seule fois le mot passion ?

Parce que le droit à la paresse implique un autre droit dont il est inséparable : celui à la passion. Or, comme par hasard, rares sont les quidams à même de vivre de leur passion, on découragerait plutôt. Si tout le monde se mettait à bosser passionnément, y aurait des incompétences trop criantes, panique chez les crabes du dessus du panier, ceux qui s'offrent des prébendes propres à leur fournir les moyens financiers pour pouvoir vivre peinards au dépend de ceux du dessous. N'est-ce pas de cela qu'on devrait se parler ? Quel sens peut prendre ta vie quand tu es astreint à des boulots à peine à même de te faire survivre quand ils prennent tout ton temps ? Comment j'y glisse mes passions et mon plaisir de vivre, comment je m'harmonise ?

C'était une des ouvertures proposées par Benoit Hamon: le revenu universel de base, une proposition qui n'était pas de lui, mais qui permettrait de partager ce droit pour chacun de ne rien faire, ou de ne faire que ce qui te branche, quitte à se partager équitablement les inévitables boulots d'intérêt général qui ne sont que chagrin.

Parler boulot ça pourrait être en discuter. Mais bien sûr, ça n'est pas le sujet…

PP