On a suivi les primaires, les débats, le présidentielles in extenso, entendu, lu, regardé, décortiqué, on s'est ému, passionné, révolté, congratulé. On en a eu à boire et à manger et à commenter et à s'épater, voire à gerber parfois…

Aujourd'hui je suis paumé.

Ma part rebelle romantique insatisfaite traditionnellement de gauche –que je croyais- , nuitdebouteuse et libertaire, aspirant encore et toujours à un bon coup de pied dans les parties financières et mondiales qui nous serrent, et à cette VIème république qui remettrait quelques moteurs à l'heure, reste insoumise, croyant avec ferveur à la possibilité d'un changement de paradigme . Cependant, faute de ce grand soir électoral que nous pressentions et auquel j'ai failli croire, je constate, les yeux écarquillés, que je ne suis pas du tout mécontent d'avoir le président qu'on (qui) s'est fait, dont j'ose croire qu'il vaut nettement mieux que ses soutiens possédants et notables. Il me réjouit malgré tous les procès qu'on lui dresse, parfois incroyablement féroces. Et ça m'estomaque. Je l'ai vu sur Médiapart, ses arguments sont plutôt séduisants, et son rapport à l'Europe tranche heureusement avec ceux qui l'ont précédé, si tant est que cette Europe en question soit énergiquement reformatée. Il a l'aplomb, le culot et l'ambition. J'ai envie, oui, même si j'y crois peu, qu'il réussisse, que nous réussissions. Du coup, mélenchoniste optimiste et macroniste naïf, je suis un monstre, une chimère, un Macrochoniste .

N'importe quoi. Affligé qui plus est d'une sympathie certaine pour Benoit Hamon.

Lapidez-moi, amis si fiers, vous qui continuez sans déroger à jardiner vos colères. Couvrez-moi de la boue que je mérite. J'ai péché, je pêche, je voudrais y croire. Croire qu'on peut se réinventer un monde à notre mesure, un mouvement à notre image, autour des libertés solidaires entre nous et avec la terre. Mais croire aussi qu'à petits coups de levier, on peut le faire bouger, et rouler dans le bon sens, sans forcément se presser, sans forcément exclure, en jouant intelligemment des poids et des mesures qui font nos mécanismes. D'un côté la bile, de l'autre l'habile. Mon cœur penche nettement vers l'autre, quel que soit le camp.

Voilà le hic. Dans ces conditions, quoi voter ?

Bien à vous