L'âne est fatigué. Entre la carotte de la croissance dont il ne profitera jamais et les bâtons du chômage et des insécurités qui le cognent dur, l'âne a juste envie, besoin, de s'arrêter, de souffler, de s'occuper de lui et qu'on lui fiche la paix. C'est dans ce sens qu'on peut interpréter le vote Fillon… et quelques autres. A cette nuance près que chez Fillon il s'agit surtout de revenir en arrière avec les conceptions morales sociales et familiales d'un autre age, tout en plongeant sans freins dans le capitalisme débridé et la financiarisation tous azimuts. Ça peut plaire à certains, le retour aux valeurs de leur enfance, au pater familias, à l'ordre qu'on leur a fait rêver, mais de l'autre côté, la perte de tous freins effraie. L'âne veut simplement pouvoir déguster son apéro sans avoir sur le dos toute la misère du monde –c'est un âne après tout- qu'on arrête de l'emmerder avec des nouveaux décrets, réglementations, lois et projets, qu'on cesse de le tenter avec des nouveaux produits qu'il ne pourra jamais se payer à longueur de publicité –la publicité, cette saloperie insidieuse qui nous pourrit la tête à longueur de journée, pire que tous les appels intégristes du monde-, l'âne a envie aussi d'être à l'abri, derrière ses murs, que le monde fasse moins de bruit et qu'on cesse enfin d'y mettre notre zone sous tous les prétextes, l'âne en marre des discours, des promesses, des postures et des interviews complaisants, il a même éprouvé une petite jalousie lorsque les Belges ont eu la chance de ne pas avoir de gouvernement pendant quelques mois. L'âne n'en peut plus de se faire engager dans des courses qu'il ne gagnera jamais. L'âne rêve qu'on lui laisse le temps de construire sa vie, tranquillement, il a besoin de produits qui durent, de voitures dans lesquelles il puisse mettre ses mains, il n'en a rien à baguer des Iphone20, des G5, des Mercedes et des gestions de patrimoine, qu'on arrête de lui seriner qu'il en a envie de tous ces produits qui font tellement de déchets et qu'il ne peut pas se payer. Parfois ça le rend fou . Il a des crises –vous avez vu ces images d'émeutes pour les soldes qui circulent sur la toile ?- il fait n'importe quoi pour un carton une boite dont il n'a pas besoin, et il ne vote plus, il braie comme un âne qu'il est, stupidement, interminablement, juste parce que ça fait du bien. L'âne est exténué, largué, à bout de souffle.

Si un candidat lui disait : on arrête, on fige tout pendant cinq ans, plus de projets, plus de décrets ni d'ordonnances, plus de bidules . Service minimum. On s'occupe de nous, de nos voisins, on prend le temps, on passe du plus au mieux, de la quantité à la qualité. On ne vire pas de fonctionnaire, par contre on met en vacances forcées et à leurs frais sénateurs, députés, et tous ceux qui ne sont pas d'impérieuse nécessité… Pas sûr que ça lui déplairait, à l'âne.

Pendant ce temps-là, sans financement, sans pollution, sans construction, bilan carbone zéro, à la seule force de son amour, de son intelligence et de son obstination, une petite bonne femme a établi un lien transgalactique avec sa fille autiste, dont les schémas mentaux sont esbroufants de lumière et de puissance ; c'est E.T. qui nous écrit, un vertige qui nous saisit à côtoyer la pensée d'une véritable « autre », fascinant, troublant, exaltant… un petit film qui s'appelle « dernières nouvelles du cosmos » et qui nous raconte ça.

Et on se dit, pendant que l'âne continue à s'enfoncer dans ses ressassements frustrés, qu'il faudrait peut-être lancer un vaisseau de curiosité et d'amour vers ces galaxies terriennes si lointaines, et si proches… parce que… vous les sentez autour de vous ? parfois en vous …?

…. ces oreilles qui poussent ?

PP