A quoi sert la « représentation nationale » ???

   Au départ ? un projet de loi touchant au code du travail –une frontière cruciale pour la gauche traditionnelle -, qu'on présente en laissant entendre qu'il pourrait faire l'objet d'un 49.3 avant de se récuser. Trop tard. Sur ce simple projet, qui n'est qu'un projet, mais qui éveille tant de craintes plus ou moins fondées, c'est la bronca. Haro ! Taïaut et Nation-République à petites foulées. On gomme à la va-vite les aspects les plus difficiles à passer, de telle sorte qu'il y ait au moins un soutien social à ce projet. Mais macache ! Une fois lancée la machine à défiler, ce ne sont pas quelques petits ajustements véniels qui la feront renoncer, d'autant que depuis quelques temps, il y a de petites mesures et comportements qui ont du mal à passer et que vient de se présenter une occasion rêvée et mobilisatrice de le faire savoir. Ergo re-haro, manifs, nuits debout et tagada.
   On pourrait se dire que dans un cadre républicain, on élit des représentants pour qu'ils discutent, amendent et fassent évoluer les projets pour le bien de tous jusqu'à ce qu'ils deviennent lois, à la satisfaction, sinon générale, du moins de la majorité de la population. Et donc que ces manifestations préventives pouvaient être abusives dans la mesure où le débat parlementaire n'avait pas commencé. Mais voilà –sublime inspiration !- que le gouvernement vient de donner raison à tous ceux qui battaient le pavé depuis quelques mois contre. Et, du coup, décrédibilise le régime pseudo démocratique qui régit notre pays. Déjà que, parfois à tort mais aussi à raison, avait grandi chez beaucoup le sentiment d'une trahison, là c'est le pompon !
   Du coup la revoilà ! elle nous manquait celle-là ! la machine à perdre pointe le bout de son nez. Et c'est merveille de voir comment chacun de son côté œuvre pour la faire fonctionner. D'une part les contempteurs de la loi El Khomry qui dépensent une telle énergie pour lutter contre icelle qu'on se demande ce qu'il leur restera quand la Droite, arrivée au pouvoir au grand soulagement de tout le monde, en présentera la version XXL. -A moins que, fidèle à l'esprit de cette Vème république qui n'en finit pas de montrer ses limites, le candidat élu de cette Droite ne s'applique à tromper lui aussi ses promesses et fasse le contraire, tout en préservant, c'est sa mission essentielle, les intérêts de ses affidés, les riches. Ce qui est quand même le principal.- Et, d'autre part, nos gouvernants qui viennent de réaliser avec cette loi , -mais que sont-ils allés faire dans cette galère ?-, un joli faux-pas qu'on ne leur demandait pas.
   Que vont gagner la « vraie gauche intransigeante»  et la « gauche gestionnaire » à ce débat musclé ? On peut pronostiquer un paysage libéré, où tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la gauche sera enfin débarrassé du Pouvoir. Du coup on pourra tenter de récupérer ces petits bastions territoriaux qui assurent la croûte quotidienne des différents élus et tout ira pour le mieux.
   En même temps, cette loi et les réactions qu'elle entraine nous évitent au moins les débats délétères sur la question identitaire dont, en d'autres temps pas loin du tout, certain président aurait fait ses gras choux.
   On se souvient de Mitterrand l'emportant sur ses concurrents socialistes avec un discours de rupture dont il n'a pas appliqué le moindre début du commencement. Les postures outrées, les va-t-en-guerre résolus, on sait ce que ça vaut. Chez nous, papistes, on a le verbe haut mais l'action molle. Et, surtout, la parole n'engage pas vraiment. C'est qu'il y a des combats souterrains qui nous échappent, des intérêts qu'on ne dit pas, des calculs qu'on ne montre point.
   Vous croyez qu'il y a une grande révolution sociale sur le feu ? Foutaises ! Entre les questions de survie, les corporatismes, les paranoïas fantasmées, les manipulations et les véritables angoisses à la paupérisation, valsent vessies et lanternes au grand bal des insatisfaits. Les arguments avancés ne sont jamais qu'une partie émergée de l'iceberg des calculs. Et de toute façon tout le monde s'en fout. Ce qui intéresse le bon peuple, c'est Cannes, l'Euro de Foot, le Tour de France, tous ces gentils yoyos à faire des euros…. Nonobstant les stratégies de survie qui prennent de plus en plus de temps.
   Chez nous, entre conservatisme et rêve-olution, il n'y a rien, pas d'espace, pas d'évolution. Il y a ceux qui ont (leur) raison et les cons. On ne travaille pas ensemble, on exclut nettement plus qu'on rassemble. Même dans les Nuit Debout, on a exclu par peur que l'ignominie prêtée à l'autre ne contamine les bons. Discuter avec un avis différent c'est risquer qu'il déteigne. On se frite. On ne se parle pas. On se concurrence. On s'accroche à ses étiquettes, qu'on brandira avec d'autant plus de vigueur que ce qui nous sépare de l'autre est minime. On ne discute pas ou peu intérêt général mais intérêt de mon camp, voire de mon territoire, voire surtout de ma pomme.
   L'Histoire dira quelles ont pu être les avancées de ce quinquennat. Il doit bien y en avoir. Si ce n'est sur la politique écologique qui frise le gros foutage de gueule. Si ce n'est sur la complaisance aux financiers et aux grosses entreprises, souvent choquante. Si ce n'est sur les questions de fond, totalement évacuées. Mais ailleurs… (?)
   Demain la nuit ?
   Chez les politiques, c'est « Candidats debout ». Pléthore. Qui pourrait être une chance. Ou pas.
   Pour nous, vivre debout pour se rêver un avenir. Enfants-phares dans la tourmente. Nous valons mieux que ce que nous disons. Nous sommes plus forts que nos déclarations. Nos rêves pas si étriqués que ça. Il y a des failles. Des lagunes à inventer. Une mer.
   Certains commencent. Ont déjà commencé.
   Il n'est pas trop tard.
   PP