« Le changement c'est maintenant » comme disait l'autre… Un changement dont on n'a pas vu de glorieux effets jusqu'à maintenant. Et pourtant, nous avons changé, nous changeons, imperceptiblement, dans nos modes de consommation, de collaboration, de prétentions… Avec de jolies petites surprises à la clef, telle la baisse sensible des bénéfices de certaines multinationales pernicieuses, telle l'étiolement des « mandarins » dans le monde hospitalier, où l'on se consulte beaucoup plus souvent en fonction de ses spécialités, à l'horizontale.- Le patron omniscient a remisé sa superbe pour tirer parti de tous les savoirs autour de lui-. On a même vu des infirmières faire appel à des guérisseurs, coupeurs de feu, magnétiseurs pour faire face à l'urgence…. Telles dans l'Education Nationale, ces expériences très réussies d'intrusion de la pédagogie Montessori dans des quartiers sensibles, pédagogie qui repose en partie sur des rapports de collaboration inter-élèves, de maîtrise de ses propres rythmes, de liberté de se déplacer et de choisir ses centres d'intérêts, tellement efficaces et épanouissants qu'on se demande bien pourquoi, hormis la pression des lobbies, ça ne se développe pas comme une trainée de poudre . Bref, les « autorités » et les schémas autoritaires de tous acabits prennent, face à des échecs qui ne cessent pas, un coup dans l'aile. De plus en plus, s'impose la nécessité (et l'envie) de co-construire, de co-décider, de partager…

Est-ce que par hasard on aurait appris la modestie ? La profusion des réseaux et des échanges réticulaires nous transforme-t-elle ?

Internet et ses milliers de portails, de blogs, de commentaires divers génère un confusionnisme indéniable mais crée par ailleurs des champs de connivence surprenants. Tels qui sont totalement opposés sur certains domaines, se retrouvent dans un même combat pour d'autres. Nos clivages ont glissé, glissent encore, perturbant ainsi les tenants de l'ordre ancien, porteurs des valeurs du XIXème ou du XXème siècle, qu'ils soient de droite, de gauche ou d'extrême gauche. Chaque jour on mesure le fossé, on constate le décalage entre leurs cadres d'analyse d'hier et les réalités beaucoup plus mouvantes, fragiles , cruelles et passionnantes, avec lesquelles nous sommes amenés à improviser pour mener nos vies dignement. Sans compter les tenants d'un ordre archaïque, pauvres victimes de cette vieille escroquerie du « c'était mieux avant, quand on était entre nous, tous dans le même camp, sur le même rang, beuglant les mêmes slogans » qu'on retrouve pour la plupart sous ce sigle auquel il ne manque qu'un « i » central pour révéler le destin qu'il nous prépare.

Nous régressons mais nous avançons. Paradoxal mais réel. Même si, tous seuls, nous avons l'impression de faire du sur-place voire de reculer, nous progressons, nous nous modifions pour le pire parfois, pour le meilleur aussi. D'où un décalage patent avec nos dirigeants politiques et économiques (et pas seulement) qui nous brandissent éperdument leurs bréviaires désuets, s'inquiètent pour leurs insupportables prébendes, limitent les paroles iconoclastes, bref, pataugent à côté de la mare, tout cramponnés qu'ils sont à maintenir le monde tel qu'il les a fait, et la répartition des richesses et des pouvoirs qui en découle. Le grand hiatus. La frustration est le moteur de l'Histoire. Elle n'est pas loin de son maximum.

Même dans notre domaine ça bouge. Je ne parle pas de cette baisse constante des budgets territoriaux qui, outre les barons qu'elle dérange dans leur faste créateur, décourage un tas de modestes acteurs qui s'emploient avec des bouts de ficelle à créer jour après jour du vivre-ensemble, du festoyer-ensemble, du rêver-ensemble… ça c'est du subi, du déprimant, du recul. Non, je parle de ces hiérarchies solidement installées dans nos compagnies depuis des décennies, autour de la /du directrice/teur artistique, qui évoluent doucement vers autre chose ; du retour au collectif. C'est ce qui se passe actuellement chez Acidu. Sur les cinq projets qui doivent irriguer notre devenir artistique dans les prochaines années, trois émanent de comédien(ne)s et sont portés par lui/elles. C'est réjouissant. C'est excitant.

Deux de ces créations : les SŒURS PETALES & NAGEUSES SUR BITUME sortiront officiellement pendant le mois de mai, mais les Nageuses sur Bitumes feront une apparition en avant-première sur PLACE LIBRE, ainsi que notre nouveau dromadaire de bois qui sortira sous deux avatars : la Caravane du Désert et le Dromadaire de l'Espace… PLACE LIBRE c'est notre grand rendez-vous du mois. Un évènement sorti de nos cervelles et que nous portons à bout de bras…

   A propos de partage…. Voilà une belle occasion, avec un tas de compagnies de renom.
   Bien à vous
   PP