On apprend plein de choses avec les élections
… L’anathème et la diabolisation ne fonctionnent pas, voire même sont contre-productifs. Reprendre des éléments du programme de l’adversaire pour lui couper l'herbe sous les pieds ne marche pas du tout non plus. Ça fait presque 20 ans que nos libertés régressent, que le tout sécuritaire progresse, que les obstacles administratifs se multiplient, qu’on fait risette au FN, gauche et droite réunis, TOUT ça POUR RIEN ! La clairvoyance de nos dirigeants, -qui, pourtant sont passés presque tous par des grandes écoles que nous avons payées et qui devaient en faire des cadors- ne laisse pas que de m’étonner chaque jour.

Le FN s’appuie sur une idéologie faite de mépris racial et social. Ses cadres sont des calculateurs froids sans aucun respect pour ceux qu’ils séduisent. Le FN est dangereux mais ses ouailles l’ignorent, séduites par des slogans simplistes et des tronches de candidats inconnus qui leur donnent l’illusion d’un renouveau politique alors qu’ils ne supportent plus ces éternels mêmes notables qui gigotent à notre tête depuis des lustres. Un sentiment d’ailleurs largement partagé par l’ensemble de la population qui ne se donne même plus la peine d’aller voter pour eux. Et c’est bien la conjonction de ces deux attitudes qui nous amènent à la situation d’aujourd’hui. Un personnel politique lourdement décrédibilisé qui ne fait ni rêver, ni même espérer et les joueurs de flûte d’une alternance délétère qui fonctionnent à la haine et au ressentiment. On pourrait dire bien des choses de la considération qu’apportent à la démocratie les « partis de gouvernement », jouant avec les règles , protégeant les statuts de leurs élus, et se méfiant comme la peste du débat. Une démocratie où le peuple a depuis longtemps cédé la place à l’Elite, et dans tous les domaines, y compris largement et malheureusement, la Culture. Débat démocratique, intelligence collective, sont gravement déniés au profit d’un chantage au FN dont nous avons soupé. Ils sont pourtant les principes absolus auxquels nous devons nous cramponner en ces temps troublés, même si une odeur de 1930 plane indubitablement : crise, montée des extrêmes, délitement social. En 1930, les partis de gauche ont préféré s’entredéchirer, espérant pour certains que l’effet repoussoir des nazis leur donnerait le pouvoir. En 1930 il n’y avait pas l’Europe, et les puissances d’argent ont choisi leur camp, le pire évidemment. Toute ressemblance avec aujourd’hui est à prendre avec des pincettes.

On peut penser bien des choses de la saga élyséenne de F. Hollande. Le moins que l’on puisse dire c’est que jusqu’à présent, concernant l’apanage premier de sa fonction, le choix du Premier Ministre, il n’a pas eu la main heureuse. Le premier manquait cruellement de charisme. Le second repose sur un choix stratégique qui s’avère aujourd’hui catastrophique. Bravo l’artiste ! Quand l’idéal proclamé cède la place aux calculs mesquins… Le combat politique ne se résume pas à conquérir et garder le pouvoir, il consiste avant tout à faire avancer des idées, les partager et les réaliser. Du coup, le choix de la direction du PS de laisser, dans certaines régions, la place à la Droite pour combattre le FN, s’il pourrait passer pour un acte de panache, tient plutôt du minable lâchage, de la piteuse débandade. Quand on croit à ses idées, on les défend pied à pied, même minoritaire, même dans des conditions inconfortables. Mettre l’électorat en demeure de choisir entre le prédateur notable et le prédateur voyou en dit long sur l’état d’esprit de cette machine brinquebalante qu’est devenue le PS. Même s’ils puent, il faut traiter les élus frontistes en adversaires, dans le cadre d’une démocratie, et jusqu’à nouvel ordre. Se batte. Résister. Convaincre.

Nous avons besoin d’un nouveau contrat démocratique, et d’une gauche qui pense ce qu’elle dit et fasse ce qu’elle annonce. Nous avons besoin que les caciques cèdent enfin la place aux idées, à des énergies neuves. Nous avons besoin d’une gauche qui se réinvente, qui arrête de s’arc-bouter sur des partis et des solutions d’un autre siècle pour inventer les solidarités d’aujourd’hui, une gauche modeste mais déterminée, libertaire, dénuée de paternalisme, fraternelle, ouverte, une gauche qui ne recule pas sur ses convictions, dût-elle perdre des élections. Nous avons besoin de pouvoir avancer et espérer ensemble.

Nous avons besoin qu’on enterre à tout jamais le Mitterrandisme.

Pierre Prévost