Bon. J'ai pas envie de nous taper dessus. Humainement, nous ne serions pas à la hauteur, nous les prétendus champions des droits de l'homme, de l'humanisme, des valeurs de liberté, égalité, fraternité ? La bonne blague! Nous aurions la cervelle rabougrie, l'humeur bilieuse, l'imagination ébréchée ? Tu l'as dit bouffi! Pour être généreux, empathique, ouvert, faut être dégagé. Nous sommes pourtant une trâlée à tenter d'être dégagés, à tempêter, à refuser, mais surtout, dans nos coins improbables, à nous efforcer cahin-caha de faire avancer le mistigri en y usant notre temps et notre énergie. Mais que valent nos petites mélodies éparses face aux aboiements de la meute et surtout de leurs porte-voix autoproclamés ? La nuance fait toujours moins de bruit que la fureur stupide. Qui entend la partition de la confédération paysanne dans le concert de hurlements des affidés de la FNSEA ? qui entend la raison quand hurle l'émotion ?

A quoi sert le mot de"sécurité" sinon a nous faire accepter un recul de nos libertés ? "la défense de l'emploi" sinon à nous faire avaler les entreprises les plus pourries ? la "crise"sinon à nous maintenir dans l'impuissance ? le "terrorisme" sinon à nous faire supporter des politiques indéfendables ? le "pouvoir d'achat" sinon à alimenter la grande machine à vendre n'importe quoi ? et si l'on supprimait ces appellations ? et si l'on refusait d'un bloc les mots lobotomisant ?

J'ai lu un fort intéressant billet récemment sur le grand inconfort pour la "gauche" d'être au pouvoir. ça, pour être inconfortable, la position est inconfortable même si ce n'est pas nouveau. Quand on est supposé être porteur d'espoir, difficile de faire le rabat-joie permanent. Difficile de garder le sens du minerais quand on goûte aux ors de la république. Difficile de comprendre les pékins quand on est de l'élite. On n'attend rien de la Droite sinon de faire un peu semblant. Du coup elle est au pouvoir tout le temps. Pour la Gauche, il en va différemment. Haro sur l'escroc qui revendique le maillot. Illégitime forcément, traitre à nos rêves. Dans le grand concert protestataire "de gauche", on entend fort la gauche socio-syndicale hurlant à l'abandon des acquis sociaux, cramponnée à ses règles et aux quelques privilèges obtenus. Mais qui dira que dans la longue histoire de la Vème république, les syndicats n'ont pas fait que du bon, que certains sont même parfois salement empêtrés dans le dévoiement du service public et sa déréliction ? Qu'entêtés à obtenir un max pour les quelques privilégiés qui avaient de quoi se défendre, ils ont laissé sur leur banc de misère mille et un précaires, qu'en priorisant les grandes entreprises sur lesquelles ils pouvaient agir, ils ont contribué à notre grande faiblesse en PME/PMI ? qu'ils ne représentent souvent plus qu'eux-mêmes, des professionnels pas plus légitimes que la plupart de nos "experts" ? Sans parler des syndicats enseignants, agricoles, patronaux et consort qui ont pesé et pèsent parfois encore lourdement sur le climat. Et, à côté, qui peut croire que nos élus défendent honnêtement nos intérêts quand on mesure les indemnités qu'ils se votent, et les fonds dont ils se maintiennent sans vergogne la disposition à discrétion... tout cramponnés qu'ils sont à leur ambition et leur carrière ? Qui peut croire aux grandes prairies de l'action politique quand elle n'est que le fait d'écuries ?... Et pourtant il y a de vrais généreux parmi les élus et dans les syndicats. J'en ai vu, j'en connais. Souvent discrets.Hantant peu les salles de presse et de com. L'action demande une certaine discrétion parfois. Regardez BHL... Non. Pas la peine.

Le cadavre de ce gamin tellement mignon (c'est important pour l'émotion) sur sa plage, qui a fait chavirer tant de coeurs, j'ai l'impression que c'est le mien, le nôtre. Nos beaux espoirs échoués.

Et je voudrais, je voudrais tellement, qu'il se relève souriant, image de demain, d'un avenir nouveau, partagé, ouvert.

Parce que, répétons-le nous incessamment, rien ne nous oblige au pire.

Rien.

PP