Il y a des gens qui croient au Père Noël, il y a aussi des gens qui croient au nouvel an. Nous en faisons partie. Bien forcés. Ce qui nous permet d'imaginer, d'espérer, d'envisager, de pouvoir se lever, de tenir notre place dans l'humanité. Ce qui nous permet aussi de pouvoir enterrer la vieille année, et les déconfitures qu'elle a hébergées, les soucis, les déceptions, les douleurs en même temps que ces petites choses fragiles qui l'ont rendue précieuse, parfois délicieuse. On enterre donc, et joyeusement. Assez bizarrement, dans nos rituels d'occidentaux, cette année qu'on enterre n'a pas de forme, pas de représentation, il n'y a pas de dépouille qui la représente, contrairement au carnaval. Ça serait pourtant drôlement intéressant à imaginer, le cadavre d'une année, et ça vaudrait le coup de la momifier, pour pouvoir comparer. Certes on a droit à des portraits, des statistiques, des tableaux de chasse, des revues de médailles, mais ça nous appartient si peu, personnellement. Non, l'important reste de consacrer tout notre allant à l'accueil de ce nouvel an qu'on nous présente comme vierge, évidemment, alors qu'il est déjà codifié, encadré, dessiné, pratiquement achevé sans qu'on y ait encore posé le pied. Une baraque déjà vermoulue, un train fantôme plein de chausse-trappes dans lequel il ne nous reste plus qu'à embarquer, portés par la grande amnésie collective de circonstance, en espérant que ça va bien passer. On quantifie le temps, on le passe à la toise, avec l'illusion de pouvoir effacer l'ardoise. Macache. Du coup, j'ai parfois du mal à participer à cet avènement forcé. Sachant que toute occasion de festoyer n'est pas à négliger, pourtant. Et puis, souhaiter est une activité saine, peu polluante, au bilan carbone respectable et, comme dit l'autre, ça ne mange pas de pain. En outre, la célébration de la nouvelle année est à peu près la seule fête qui réunisse l'ensemble de l'humanité toutes croyances et latitudes confondues, même si de façon différée. Je pose donc la question : quel mal y-a-t-il à se faire du bien ? Une question à laquelle je vais bien me garder de répondre -et pourtant des réponses il y en a-.

Ordonc, fort d'une année 2014 absolument incomparable (et pour cause), je nous souhaite une année 2015 toute joyeuse et guillerette, délestée de la Sainte Crinité des 3 C (Croissance, Crise et Chômage) , intellectuellement débridée, amoureusement voyageuse, pauvre en besoins et riche en partages, en envies, en fantaisie. Avec une pensée pour ceux qui ont quitté le train brutalement pour rejoindre le grand magma des mémoires. Et avec un sourire de bienvenue pour ceux qui vont se pointer.

Bien à vous

PP