Le petit scandale esquissé autour des quotas de PV imposés à nos forces de l'ordre a fait long feu dans le Landernau médiatique et personne n'est descendu dans la rue pour cela. C'est grave. Par ailleurs, c'est logique, c'est DANS la logique.

Nous n'avons plus de patrons, nous avons des passeurs de commande.

On a pu suivre, avec le quota de clandestins demandé, les ravages que ça pouvait provoquer, déshumanisations, drames douloureux, injustices criantes... Peu importe: les chiffres, les chiffres. Que le conducteur commun soit soumis à la même logique n'en étonnera que quelques-uns.

Il y a un détournement général de l'inventivité humaine dans une logique du résultat, quelques soient les moyens: tu me fais une bagnole pour tant, une paire de pompes pour tant, tu m'arrêtes tant de voleurs à la tire, vous mettez tant de loubards en tôle, les chiffres les chiffres... et peu importe si pour répondre à ces demandes aberrantes, il faut bousiller la planète ou la vie d'enfants. Voudrait-on organiser une shoah aujourd'hui, il y aurait une palanquée d'appels d'offre sectorisés, isolés et il y aurait des réponses.

Mais ceci ne fonctionne que parce que tous les maillons de la chaîne sont complices, d'une façon ou d'une autre, parce qu'ils ne se donnent pas le droit d'agir autrement..

Il est de bon ton de stigmatiser aujourd'hui les abus des grands patrons de banques ou autres grandes entreprises. Pour autant ces patrons se sont appuyés sur des troupes compétentes dévouées, voire zélées en leur temps.

Ici se pose la question de la Part de Responsabilité Objective de chacun. Qui devrait entrer dans tous les contrats de travail. Et de la clause de conscience, qui devrait faire intégralement partie des luttes syndicales. La problématique a été posée très récemment avec une filiale de Total, elle se pose entre entreprises -le passeur d'ordre ne pouvant se laver les mains des moyens utilisés par sa filiale pour se conformer à sa commande-, elle devrait pouvoir être posée entre individus. Parce que, quand un fonctionnaire se met, pour une raison ou pour une autre, à forcer un infraction non qualifiée pour la faire entrer dans ses quotas, c'est d'individu à individu que ça se joue également.

La part de responsabilité objective c'est le pourcentage de responsabilité reconnu à un salarié par rapport aux ordres qu'il reçoit de sa boite et de ses chefs et qui va se mêler à sa propre subjectivité pour traiter un dossier. Elle peut se chiffrer, y compris contractuellement 1%, 2%, 10% et devrait pouvoir l'amener, en cas d'abus grave, à en répondre devant la justice. En contre partie elle autoriserait chaque salarié à pouvoir invoquer la clause de conscience.

L'exonération des sous-fifres et des sans grades dans certains grands scandales et massacres de l'histoire est sans doute le pire service qu'on ait rendu à l'humanité.

A cette aberration commune, le mouvement des délinquants-solidaires est un début de réponse.

Si l'on veut sauver la valeur-travail -autrement dit la dignité de l'individu au travail-, coincée qu'elle est entre le marteau de la commande et l'enclume des résultats, la solution peut passer par là.

Nous autres, artistes de rue, vivons essentiellement de commandes et de sélections; nous répondons de nos actions en permanence. Nous n'y avons perdu ni notre âme ni notre volonté, ni notre moyen de subsistance. C'est donc possible.
Le printemps revient. S'il pouvait apporter de nouveaux bourgeons sur nos branches...
PP