Peu appréciés souvent par les experts ès arts & culture, les officiels, les doctes, les spécialistes avérés et les journalistes spécialisés, les Arts de la Rue ont cette particularité que, plus que d’autres, ils se voient fréquemment questionnés tant de l’extérieur que dans leurs propres rangs sur ce qu’ils sont vraiment. Après « Théâtre de rue » qui semblait trop restreint, la profession pensait qu’avec « Arts de la rue », appellation ô combien généraliste sauf par son topisme, elle allait pouvoir s’installer durablement. Que nenni ! Voilà que se bousculent de nouveaux définisseurs avec des notions aussi séduisantes que « art contextuel » ou mieux « art en contexte réel », nouvelles définitions qui répondent évidemment à de nouvelles questions, souvent pertinentes. Il est de bon ton actuellement de dépriser les grands messes, les festivals et fêtes artdelaruesques au prétexte que ce n’est plus de la rue, mais un espace devenu codé pour la circonstance comme le sont les salles et temples de la culture. Tout comme on déprise la convocation à un spectacle au profit de l’irruption dans le quotidien, la surprise, l’achoppement ou, au contraire, du lent accompagnement, de l’apprivoisement. C’est dire d’un côté que la forêt n’est belle que vierge, et de l’autre que la culture aussi a besoin de labours et de semis. Ce n’est faux ni pour l’un ni pour l’autre. Les vaticinateurs peuvent ainsi brillamment vaticiner et c’est tant mieux pour eux. Pour autant, il serait bon de ne pas oublier que si nous, les acteurs « de rue », sommes allés dans la rue c’est d’abord et tout bêtement parce que la porte était ouverte. Que l’espace public est surtout, tout sur-signalisé qu’il soit, un immense terrain de jeu. Un terrain où chacun peut jouer sans avoir à montrer patte blanche, à la seule force de ses talents, son travail, ses désirs et son imagination. Terrain de jeux, terrain du « je » et du « nous », l’un et l’autre se tricotant des aventures artistiques où le regard est aussi créateur que le reste. Il est aussi de bon ton d’opposer art réel et « entertainment », culture et animation, en daubant l’un pour mieux célébrer l’autre, ce qui ne rend service, in fine, ni à l’un ni aux autres. A cette heure de l’été, où les festivals rivalisent d’affiches alléchantes pour attirer le touriste, il ne faut pas oublier que ce que nous apportons d’abord c’est de la chair, de la voix, de la proximité. C’est en été que fleurissent les mille couleurs des arts de la rue, même si nous travaillons sur d’autres saisons, et d’autres occasions. Quelle que soit notre culture, notre intelligence, notre ambition, la pertinence de notre démarche, la rue dans laquelle nous nous retrouvons, public et artistes mêlés, est et doit rester, surtout, un grand bac à sable.

PP