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EDITAL AOUT 2008

L'adage dit:"Dans le août, abstiens-toi", ce qui n'est juste le plus souvent que pour le travail.
Pour le reste au contraire on se lâche. Et on en profite pour lire aussi. Parlons littérature, ça nous changera.
Je suis en train de découvrir un géant de la littérature que j'ignorais totalement -vergogna vergogna!- Ernesto Sabato, auteur argentin, grand bonhomme. Le bouquin que je dévore s'appelle "L'ANGE DES TENEBRES" et je l'ai pris au hasard chez un bouquiniste. Comme pour certains vins, les bouquins, c'est quand on les trouve par hasard que c'est le meilleur.
Autre hasard exaltant: Les "BEBES DE LA CONSIGNE AUTOMATIQUE" de Ryû Murakami, un des leaders de la nouvelle vague nipponne. C'est haletant, délirant, époustouflant dans le vrai sens du terme.

Et deux que j'ai beaucoup aimés : "TON AUTOBIOGRAPHIE" d'Alain Gluckstein, pétri d'humour et d'engagement, et "DERRIERE LES GRILLES DE PULDITCH" par Henry Hudson aux éditions Folies D'Encre: chronique Irlandaise extrêmement savoureuse où se mêlent rire et larmes comme le soleil et la pluie là-bas.
Des livres qui sont des cadeaux qu'on se fait.
Ceci lu au cours d'un mois de Juillet fort plein de rencontres et de jubilation. (cf Chalon)

Edital dédicacé à Daniel Pennac dont je viens de lire "comme un roman" (je sais, c'est pas neuf mais, en littérature, j'aime prendre mon temps), bouquin avec lequel je suis tellement d'accord que c'est la première fois que j'ai l'impression d'avoir lu un livre avant de l'avoir commencé.

Bonnes ouacances à ceux qui en prennent.
PP

PS: et une pensée reconnaissante à Isabeau Shazada & Olivier Nonon qui, pour la cie, mènent dans une cité de Montreuil un atelier échasses/danse/théâtre auprès des loupiots qui ne sont pas parti, avec un grand bonheur.

Chalon dans la rue

Après deux années d'étuve sur Avignon -qui nous ont apporté énormément au niveau diffusion- c'est avec un plaisir sans mélange que nous avons retrouvé la ville, l'équipe et le public de Chalon. Ne serait-ce que par la qualité du public. Non pas que celui d'Avignon démérite -ils sont admirables les festivaliers d'Avignon- mais il y a à Chalon un mélange social, culturel, générationnel et international sans commune mesure. La ville étant aérée, les propositions tempérées autant qu'accompagnées, il y a une grande jubilation concentrée sur ces quatre jours.

Je ne sais ce qu'il en était les années précédentes mais il est clair que, la conjoncture aidant, 2008 atteste d'un basculement très marqué du centre de gravité du in vers le off (comme à Aurillac, et , se peut, Avignon non ?). Un In sans pharaonisme qui, débarrassé de l'obligation de faire l'unanimité se permet de faire venir des cies étrangères peu connues, des expériences incongrues, des petites choses sympas (Xavier Kim) quelques équipes renommées pour des projets qui les bousculent (CIA & Karnavires), bref un In qui cherche à faire bouger les lignes, sans pression. De ces cies, les Sangs Cailloux et Grand Magasin furent les plus durement contestés, CIA & Karnavires n'ont pas fait l'unanimité mais en ont profité pour avancer sensiblement. Avec cette alternative artistique qu'a représenté la programmation Auteurs d'Espace. En Off on a vu le retour de belles équipes: Babylone, le SAMU, Métalovoice, Burratini, les Primitives, Avec-ou-sanka, Opus qui ont remporté de francs succès et fait, avec les autres, la substantifique moelle de ce festival. Une génération décoiffante de groupes musicaux venus de l'est (de la France): Branks, 2 rien Merci, Erectus, des compagnies qui font une sorte de free musical theatre réjouissant. En déambulation, pas de révolution mais du bon: avec les Tonys d'Albedo, TV Immonde (prometteur), les Buissons et du moins bon (FION & la patrouille de France entre autres, trop en force, et en pétarades pour le dernier). Des entresorts de qualité (Begat Théâtre entre autres, -émouvant- mais il y en avait bien d'autres que j'ai loupés). Il y avait aussi Façades par la Cie l'Escale. D'Irque & Fien, impeccable. Je me suis endormi sur le dernier Léandre, joli boulot mais lent. Les Kiroul, une petite équipe qui promet beaucoup, que nous avions déjà rencontrée sur les Déferlantes. Les Dithyrambes, deux chanteuses foldingues et enthousiasmantes. Une surprise du chef, off du off, théatre inopiné en terrasse qui devrait plaire à JMS, par le Daniel Jackson Théatre,-une petite équipe d'étudiants théatreux qui compte dans ses rangs Luce Amoros, fille de.- J'en oublie... Je ne suis pratiquement pas allé dans les cours.

En ce qui nous concerne, disons tout simplement que nous avons trouvé ici un de ces bonheurs pour lesquels, année après année, nous pratiquons ce métier.

Les trois spectacles présentés par la cie (Agrippine / Les Joyes du Mariage et Si tous les champs du monde...) ont été extrêmement fréquentés et ont remporté un beau succès, tant auprès du public que des programmateurs. Comme quoi le boulot finit par payer.

Vous pouvez jeter un oeil sur un reportage fait par FR3 Bourgogne sur nos petits camarades d'Agrippine sur : http://videos-culture.france3.fr/chalon/1345/Ch%E2lon_au_temps_des_romains

Ne tardez pas, ça ne va pas rester très longtemps en ligne.

Des photos également sur le site de Chalon dans la rue
Bonne continuation pour ceux qui continuent Bonnes vacances pour ceux qui en prennent. Pour ce qui nous concerne, ça va etre en pointillé, avec une mini tournée en Moselle entre autres.

EDITAL JUILLET 2008

Peu appréciés souvent par les experts ès arts & culture, les officiels, les doctes, les spécialistes avérés et les journalistes spécialisés, les Arts de la Rue ont cette particularité que, plus que d’autres, ils se voient fréquemment questionnés tant de l’extérieur que dans leurs propres rangs sur ce qu’ils sont vraiment. Après « Théâtre de rue » qui semblait trop restreint, la profession pensait qu’avec « Arts de la rue », appellation ô combien généraliste sauf par son topisme, elle allait pouvoir s’installer durablement. Que nenni ! Voilà que se bousculent de nouveaux définisseurs avec des notions aussi séduisantes que « art contextuel » ou mieux « art en contexte réel », nouvelles définitions qui répondent évidemment à de nouvelles questions, souvent pertinentes. Il est de bon ton actuellement de dépriser les grands messes, les festivals et fêtes artdelaruesques au prétexte que ce n’est plus de la rue, mais un espace devenu codé pour la circonstance comme le sont les salles et temples de la culture. Tout comme on déprise la convocation à un spectacle au profit de l’irruption dans le quotidien, la surprise, l’achoppement ou, au contraire, du lent accompagnement, de l’apprivoisement. C’est dire d’un côté que la forêt n’est belle que vierge, et de l’autre que la culture aussi a besoin de labours et de semis. Ce n’est faux ni pour l’un ni pour l’autre. Les vaticinateurs peuvent ainsi brillamment vaticiner et c’est tant mieux pour eux. Pour autant, il serait bon de ne pas oublier que si nous, les acteurs « de rue », sommes allés dans la rue c’est d’abord et tout bêtement parce que la porte était ouverte. Que l’espace public est surtout, tout sur-signalisé qu’il soit, un immense terrain de jeu. Un terrain où chacun peut jouer sans avoir à montrer patte blanche, à la seule force de ses talents, son travail, ses désirs et son imagination. Terrain de jeux, terrain du « je » et du « nous », l’un et l’autre se tricotant des aventures artistiques où le regard est aussi créateur que le reste. Il est aussi de bon ton d’opposer art réel et « entertainment », culture et animation, en daubant l’un pour mieux célébrer l’autre, ce qui ne rend service, in fine, ni à l’un ni aux autres. A cette heure de l’été, où les festivals rivalisent d’affiches alléchantes pour attirer le touriste, il ne faut pas oublier que ce que nous apportons d’abord c’est de la chair, de la voix, de la proximité. C’est en été que fleurissent les mille couleurs des arts de la rue, même si nous travaillons sur d’autres saisons, et d’autres occasions. Quelle que soit notre culture, notre intelligence, notre ambition, la pertinence de notre démarche, la rue dans laquelle nous nous retrouvons, public et artistes mêlés, est et doit rester, surtout, un grand bac à sable.

PP

Clichés souvenir...

. Le 21 Juin 2008, Parc de Montreau à MONTREUIL: un hommage tout particulier à 68. des photos ici:

EDITAL JUIN 2008

Ce mois de mai nous est passé dessous le nez. On ne l'a pas vu.
Trop plein de sensations qu'on n'a pas eu le temps d'attendre ni de digérer. On a rencontré tant de monde! En Vendée, à Noisy, en Bretagne, à Nevers, Cuisery, Dax, Rouen, Guérande, Paris...

Des gens qui s'associent, s'activent, se rencontrent, créant au quotidien et inlassablement le beau tissu du vivre-ensemble. Sans eux, sans leurs efforts, nous autres saltimbanques gesticulerions à vide. J'ai gardé ça de Michel Foucault: que le pouvoir était à chaque croisillon des fils du tissu.

Il est terrible que certains mots aient pris une telle allure de slogan ou d'imprécation qu'ils ne sont plus proférés que par les pâles guignols de nos JT. Ainsi de la démocratie, dont nous sommes tellement rassis que nous la voyons s'effilocher sans bouger. Elle est si fragile la paix civile qui permet de se cotoyer sans s'assassiner! elle est si frêle la république! Ce mot de république que ce se sont arrogé tant de puissants juste pour geler le jeu.

Parce que les puissants, les nôtres surtout, qui se la pètent frileux, veulent avant tout geler le jeu. Même pas pour eux: pour leurs enfants, progéniture née dans la soie dont il est essentiel qu'ils ne soient pas sur les mêmes starting-blocks que ceux qui sont moins bien nés.

La méritocratie ? vous plaisantez j'espère! c'est un ascenseur à l'envers. Je ne sait pas chez les autres mais chez nous ça donne des PDG foireux, des ministres minables, des ténors manustrupant, et ce caniveau avilissant de slogans, d'émissions, et de publicités.

Du côté de notre olympe, ça ne reluit pas fort même si ça fait bling-bling.

Et, à côté, ces trésors: les soutiers du jour le jour, ceux qui s'accrochent, se démènent, se maintiennent, gardent la joie l'enthousiasme, nos concitoyens! Un mot qui sent fort le formol malheureusement mais que nous avons ce bonheur, cette chance, de fréquenter souvent au cours de nos périples.

Nous n'avons pas vu le temps passer parce que nous regardions ailleurs.
Quand on délaisse les ombres au fond de la caverne, la vie prend toute la place.

Bertrand se déclare libéral-socialiste.

Etre libéral, n'est-ce pas laisser faire en comptant que le marché se régulera de lui-même ? - ce qui soit en passant est pure utopie car, en réalité, tout le monde triche-.

Si les grecs avaient été libéraux, ils n'auraient inventé ni la république, ni la loi.

Un débat qui fait l'actualité alors qu'il est vieillot.

Du coup les vieilles lunes reviennent faire leur ellipse. Capitalistes et antis se coltinent derechef. Alors que le capitalisme se nourrit tant de ses profiteurs que de ses adversaires.

Poudre aux yeux. Qu'attend-on pour faire ailleurs ? Favoriser les entreprises aux profits volontairement limités ? Réinventer les scoop et les dépoussiérer, qui sont - quoiqu'on en dise- ce qu'on a fait de mieux pour travailler ensemble ? Limiter le différentiel scandaleux entre les plus bas et les plus haut revenus ? Taxer les héritages qui perpétuent les castes ? Nous n'avons que des miettes mais ne pas oublier qu'avec des milliers de miettes on refait un pain blanc. En fait nous râlons mais nous sommes tous complices de ce qui nous punit. C'est ça l'extraordinaire: nous laissons faire, parce que la formulation qui nous est proposée de nos préoccupations porte en elle-même sa fin et son inanité. Nous sommes anesthésiés par les mots qui nous sont formulés. Et quand certains prétendent inventer de nouveaux projets, ils ne fabriquent que des griffes pour mieux se déchirer.
Qu'est-ce qui te prend, Bertrand ?



P.P.

Clichés souvenir...

... de la Chorale au Rencontres d'Ici et d'Ailleurs de Noisy le sec avec Jacques Higelin, le Snob & No water please

Nouveau sur le site

EDITAL MAI 2008

Il arrive parfois que l'actualité personnelle, ou professionnelle, soit si prégnante qu'elle ne laisse quasiment plus de place au reste: ces gros titres et ces petits drames qui émaillent journaux de tous formats à longueur de colonnes. C'est le cas pour nous avec ce mois d'Avril que nous avons entièrement passé à rouler, répéter et jouer "Si tous les champs du monde..." sur les routes de France, en Bourgogne, en Lorraine, en Vendée. Un voyage dont nous sortons lessivés, mais riches de mille rencontres, découvertes, discussions. Un voyage qui ne nous laisse pas indemne mais fera date dans nos vies, je crois -voir un récit là-dessus dans chroniques & blablas-.
Donc, en ce qui concerne les 9 protagonistes de cette aventure, nous émergeons, alors que, par ailleurs, la vie de la compagnie a continué, avec l'arrivée d'un nouvel administrateur, Jérémie Hollebecq, la première sortie d'une nouvelle équipe de Graaleurs qui promet, une résidence de création pour les Joyes du mariage au Monts de la Balle et toutes les échéances d'un moi de mai qui s'annonce, lui aussi, bien plein. On nous pardonnera donc, j'espère, de ne pas attacher une grosse importance aux différentes commémorations et célébrations qui nous sont proposées de ci de là.
Notre présent est bien trop présent.
La hausse du carburant, par contre, ne nous a pas échappé.

Comme à tout le monde.
Et je continue à m'étonner qu'avec un pétrole payé en dollars, le très fort niveau de l'euro ne nous ait pas protégé -tout du moins en partie- de ces hausses.
Mais il est évident que je n'y connais rien.

Parmi les rendez-vous importants de ce mois, la première officielle de l'opus 3 aux rencontres d'Ici et d'ailleurs de Noisy le sec le 16. On croise les doigts!
A noter également deux sorties de la Ballerine & le Soldat de Plomb à Montreuil, rue de l'église le 21 mai à 16h & 17h45, en alternance avec nos amis les Anthropologues.

Portez-vous bien

P.P.

PS: Depuis la fin de l'année dernière, la compagnie s'est lancée dans des ateliers de formation. Deux se déroulent actuellement, à Chalette sur Loing et Montreuil. Une classe à Pac s'est terminée récemment, à Sotteville les Rouen. Chronique en images d'icelle ("Voyage en CM1") sur ce site à la rubrique: Chroniques & Blablas.

au jour le jour...

- le 1er Avril, Acidu recevait l'assemblée générale de la Fédération Nationale des Arts de la Rue dans ses locaux. Une gageure réussie sous la houlette de Vincent. Quelques photos sur http://www.acidu.com/2008/agfede08.htm

- Autour de Houdain (Artois) 4 sorties de chantier coup sur coup pour la Chorale de St Fulbert, dans un rayon de 10km avec un public rigolard, des mémés déchainées et des d'jeuns estomaqués. On en veut encore des comme ça. Suite bientôt dans la Saone et Loire autour de l'Abattoir de Chalon.

- Djamel et Vincent ont reçu, chacun de son côté, de bien mauvaises nouvelles de la Faucheuse. On les aime et on les entoure.

EDITAL AVRIL 2008

L'avantage de l'architecture sur les arts vivants est que lorsque les élus changent, ils ne se sentent pas obligés de démolir toutes les constructions de l'équipe précédente sous prétexte que ce ne sont pas eux qui les ont initiées. Avec la valse des équipes municipales qui a suivi les élections de mars, on constate que maintes constructions culturelles sensibles et fragiles (festivals, manifestations, programmations etc...) sont immédiatement remises en cause par la nouvelle équipe et ceci, de quelque bord que ce soit. Quand on sait la difficulté de créer un public et des rendez-vous crédibles et suivis, de susciter des échéances et des rendez-vous, c'est un vrai crève-coeur et un énorme gâchis. A Cognac, Bar le Duc, Morlaix, Bures sur Yvette entre autres, c'est ce qui se passe pour les Arts de la Rue, avec une remise en cause plus ou moins sèche de décennies, parfois, d'une laborieuse et opiniâtre construction culturelle.
On le constate une fois encore, même si certains peuvent le déplorer: les trois quarts du temps, une politique culturelle ambitieuse ne fait pas gagner de voix, pas plus qu'elle n'en fait perdre. Tout comme la voirie ou le ramassage des ordures, elle fait partie des incontournables de la démocratie dans la mesure où elle alimente le vivre-ensemble, enjeu fondamental qui devrait pouvoir échapper aux aléas partisans. Si personne ne peut remettre en cause cette possibilité pour une équipe municipale de créer une vraie politique culturelle à sa mesure, on ne peut que déplorer que les querelles d'images, de tronches, et un besoin mesquin de débiner les actions du précesseur mettent ainsi en péril le bien commun, et cette indispensable irrigation que représente la culture. A l'heure où les partis échaffaudent des programmes plus ambitieux les uns que les autres pour notre plus grand bonheur, on souhaiterait vivement qu'ils se saisissent de ce problème récurrent pour tracer des axes qui permettent à ceux qui s'investissent dans ce domaine -ô combien sensible!- de ne pas voir tout leur patient travail remisé aux ordures à la moindre alternance.

A part ça, bienvenue aux nouveaux élus et souhaitons que notre vie quotidienne profite de leur apport et de leurs compétences.

PP

Si tous les champs du Monde

quelques images et échos de la résidence de la Chorale de St Fulbert au célèbre Fourneau de Brest:

http://www.lefourneau.com/creations/08/cieacidu/journaldebord.htm http://www.lefourneau.com/creations/08/cieacidu/expepublique.htm

EDITAL MARS 2008

Mars attaque doux, dans sa version météo, et plutôt âpre dans sa version politique, avec les municipales, entre autres. Il me souvient que, lors de mes cours d’histoire, on daubait largement ces monarques qui faisaient appel sempiternellement aux augures pour prendre leur décision. On constate, avec les sondages, que cette attitude ne s’est pas améliorée, loin de là. C’est que le futur persiste à ne pas vouloir répondre aussi explicitement que le souhaiteraient nos dirigeants, ce qui, tout compte fait, représente pour nous, les piou-pious, un gage de liberté, un rempart face aux manipulations. Tant qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer, l’espoir, ce pari sur le futur, peut survivre. On constate par ailleurs que d’autres souhaitent bâillonner ce futur trop riche en possibilités, trop libertaire aussi, et qu’il y a des techniques pour cela, notamment, lors des élections ; on le voit en Russie, en Afrique et en moult états du monde. Quand on empêche l’avenir de s’exprimer, il finit par crier.

Au passage, et dans un registre voisin, on aura découvert que MEDEF est le raccourci de Me Défrayer et que l’indécence a désormais les coudées franches en France, indécence des propos, des revenus, et de la manipulation qui nous est faites.

Les tenants (gloires, notables et lampistes) de la culture se sont, le 29 février, mobilisés comme un seul homme pour crier à l’abandon des valeurs d’émancipation et de création. Que notre président ne soit pas un homme de culture n’est pas nouveau mais ce n’est pas cela qui est déterminant. Ce qui importe est qu’il est avant tout un homme d’entreprise, un directeur commercial dont les tactiques et stratégies sont avant tout entrepreneuriales. On dégraisse, on globalise, on rentabilise, on communique, on motive. La bible de l’entreprise est devenue celle de l’état. Et son message de fond, en ce qui nous concerne : « l’artiste est un entrepreneur comme les autres. Qu’il monte sa boîte et qu’il se démerde. » Il y a un texte très pertinent de la Coordination intermittents et précaires là-dessus.

Le drame de notre président est qu’il est tellement persuadé d’être entouré de crétins qu’il ne se donne même plus la peine de réfléchir avant de parler.

Le drame de la France est qu’elle a cru qu’en quelques coups de couperets elle s’était définitivement débarrassée de son aristocratie. Chaque scandale qui éclate nous prouve que définitivement non. Nous sommes un peuple assujetti par une caste hyper-fortunée et sans aucun complexe, il est vain de le nier.

Barack Obama peut devenir président des E-U et suscite, à ce titre, de grands espoirs dans le monde. Comment se refaire une virginité à (finalement) peu de frais. N’empêche ! l’espoir renaît en cette terre d’Amérique qui a mis tant de soin à le décourager.

En ce qui nous concerne, nous attaquons bientôt, au Fourneau de Brest, la quatrième semaine de résidence de création du 3ème Opus de la chorale qui sera suivie en fin de mois d’une cinquième semaine entièrement consacrée aux sorties de chantier, avec Droit de Cité, dans le nord. Pour survivre, et quelques soient la révolte qui nous anime et les raisons de la développer, nous devons soigner notre propre chemin. Celui que nous nous sommes choisi se déroule bien.

Portez vous bien P.P.

EDITAL FEVRIER 2008

Ça s’appelle le « storytelling » et ça consiste à raconter des histoires pour vendre sa salade. C’est le dernier dada des managers ; après le produit, puis la marque, on vend maintenant une histoire. Un communicateur de génie avait trouvé le truc il y a 2000 ans en multipliant les paraboles sur le toit, le moi, le nous, avec le succès qu’on sait. Incidemment, c’est une technique utilisée abondamment en politique aux EU depuis Reagan, la « stratégie de shéhérazade » consistant à multiplier les histoires indéfiniment dès que la situation s’avère un peu chaude. Cette technique fait une irruption fracassante en France depuis la présidentielle et le moins qu’on puisse dire est qu’elle a bien déboussolé l’opinion. C’est le but. Des grandes visions compassionnelles, des fonds de grenier héroïques, des histoires de sous méphitiques, des bluettes plus ou moins bien fagotées jusqu’au catalogue de science-fiction sauce Attali, « ensemble tout est possible », autrement dit n’importe quoi (est possible), le monde est un grand mur où on peut barbouiller du neuf, du beau, de la civilisation, du clinquant… rien n’est figé, tout est mouvant. C’est formidable et exaltant. Fascinant. Les belles histoires, on a envie d’y croire, comme on a envie de suivre le joueur de flûte…
C’est toujours sympa, un raconteur d’histoires. Sauf quand on fait les comptes de ses contes et qu’on voit que la flûte n’est en fait qu’un pipeau(l). Qu’on voit que, mis à part de l’histoire, ce sont presque toujours les mêmes qui gagnent, et toujours les mêmes qui perdent. Quand on a, comme dans la reine des Neiges, chopé dans le regard un morceau du miroir qui fait voir tout en noir, mais qui évite d’être poire…
A babord, pour ce qui est des histoires, entre « Blanche-Neige au bûcher » et « Règlement de comptes à K.O. corral », ça ne déchire pas vraiment, sinon soi-même, et d’une autre manière. Sauf Besancenot. C’est dommage. C’est bien, les histoires. Même si elles sont souvent manipulatoires. Le nazisme aussi c’était une histoire. L’histoire épique d’un peuple allemand rêvé. Et il y en a eu d’autres. Et il y en a sans arrêt. Toujours bien regarder qui raconte l’histoire. Et ce qu’il veut vraiment. Et ce qu’il peut aussi. Avant de le croire.

L’opus 3 de la chorale est en partance. Une autre histoire, qu’on se construit jour après jour. Une histoire aléatoire. Dont on souhaite qu’il y aura plein de gens pour y croire ; parce que nous aussi, on veut, comme dit Camille, « jouer plus pour gagner plus » des pépètes et des amis, et des aventures aussi.

Bonne nuit les petits.

P.P.

PS: Pour ceux qui se poseraient la question, la photo ci contre n'a rien à voir avec le thème de ce petit blabla (quoique). Elle illustre la nouvelle croisade humanitaire de la Chorale de St Fulbert: "10 000 gourdes contre la sécheresse".

EDITAL JANVIER 2008: débuter 2008 en chanson

MEILLEURSVOEUX BLUES

Chaque année recommencer l’histoire
D’un avenir meilleur et de l’espoir
Même si l’homme n’a que ça à manger à boire
Il me prend comme un regret ce soir

J’ai le blues des meilleurs vœux

Malgré tous ces espoirs et nos efforts
Peut-on dire que les choses s’améliorent ?
Ils ont tué Bénazir, Oscar est mort
La musique tue moins vite, ça rassure à tort

J’ai le blues des meilleurs vœux

Le bateleur s’agite sur son estrade
Mais derrière ses cuistots font leurs salades
Si t’as du pognon bonne année camarade
Mais malheur à toi si t’es paumé ou malade

J’ai le blues des meilleurs vœux

Cette shoah souterraine et honteuse
De grandes pelletées de clandestins
Elle ne nous grandit pas la faux Hortefeuse
Aveuglée de chiffres et sourde aux humains

J’ai le blues des meilleurs vœux

Mais on sait qu’il suffit de si peu
Un copain qui se trouve un peu mieux
Un sourire un éclat dans tes yeux
Une idée qui fait quelques heureux

Le chemin du monde interminable
Inter-Minables, ce jeu qui nous a embringués
Il n’aura pas de fin confortable
La seule issue pour nous c’est d’avancer''

J’ai envie de meilleurs vœux
De vœux pas pieux mais orgueilleux
Ce monde dont nous sommes les auteurs
Parcimonieux
N’est pas à notre hauteur
On peut faire mieux…

PP

EDITAL DECEMBRE 2007

C’est un des plus beaux tours de passe-passe de la décennie : pour lutter contre la baisse du pouvoir d’achat, échangez vos RTT contre de bons et beaux billets. Bon dieu mais c’est bien sûr ! C’est l’œuf de Colomb. Mais pourquoi s’arrêter là ? alors qu’il y a des soirées à monnayer, des congés qui seront d’autant mieux payés qu’ils ne seront pas pris, sans parler des enfants : tout cet argent qu’ils ne gagnent pas en perdant leur temps à l’école. Il y a des niches d’enrichissement évident à portée de tous. Et bien aveugles ont été nos vieux Timoniers qui n’ont pas su les voir. Avec un peu de bonne volonté, le pouvoir d’achat de chacun va pouvoir grimper en flèche.
C’était prévu et annoncé, nous sommes bien dans un changement de société. Où le bouclier fiscal a pris gaillardement la place du bouclier social qui s’effrite à tel rythme qu’il n’en restera bientôt plus grand-chose. Et tout ça avec les meilleures intentions du monde, brandi par un mec sympa qui sait nous parler vrai, aller où ça fait mal, avancer calmement ses arguments comme si c’était évident. Parce qu’après une dynastie de présidents empesés, De Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac, nous avons enfin rejoint le XXIème siècle avec, nous aussi, notre président à la cool. Comme Blair en son temps, Zapatero actuellement, mais aussi Bush et Poutine. Des types qui, à l’exception notable du premier ministre espagnol, fonctionnent à peu près sur le même principe et livrent à leurs concitoyens parfois le même genre de potion. Le tout avec un sens de l’emballage devant lequel on ne peut que s’extasier.
Je n’ai jamais été un très grand fan de la défense outrée des acquis sociaux mais de voir la valeur-travail s’effriter à ce point rapidement, ça devient franchement inquiétant.
La première pénibilité d’un travail, pour reprendre un terme brandi ces temps-ci avec un soupçon de mauvaise fois, n’est pas, pour la plupart, dans les horaires, ou dans l’effort physique qu’il impose, mais dans l’absence d’épanouissement qu’on peut y trouver. Dans ce manque de respect, d’intérêt, dans ses hiérarchies rigides et étouffantes, qui sont le lot de la plupart des boulots. Sous ses dehors modernistes, notre omni-président a un bon siècle de retard, et ceux qui l’encouragent aussi. Non, tout ne se résout pas par l’argent. Le bien vivre, bien manger loger, bien manger, bien bosser aussi, et ne pas saccager comme des malades cette pauvre planète qui nous a donné vie, c’est ça l’important. L’argent ne fait que contribuer. La baisse de la valeur-travail c’est aussi celle de la valeur-homme. Il va être temps que ceux qui prétendent sauver le monde travaillent sur d’autres bases.

Fadela, Rachida, Yama, les modernes mamelouks de Napoléon IV, dévoués jusqu’à la mort, sont du genre féminin, et clairement non-gaulois (des mamas-look en quelque sorte). Fait du prince qui a finalement peu à voir avec leur valeur intrinsèque. Le pouvoir qu’on nous donne est éminemment différent de celui qu’on prend. Il y a des sujétions auxquelles on ne peut plus échapper. C’est plutôt sympa au premier abord cette montée en puissance des « minorités visibles » comme dit l’autre. C’est exactement la fonction des reality-show : mettre en exergue de parfaits inconnus pour mieux calmer les autres. Une vieille stratégie qu’on avait instaurée au temps des premiers carnavals, où, l’espace d’une journée, le dernier devenait le premier, pour justifier les 364 jours où c’était le contraire.

Depuis six mois, j’ai l’impression que nous vivons dans une sorte de fascination anxieuse pour ce qui se passe. Monsieur Loyal nous sort des animaux et ses numéros à un rythme haletant et c’est tellement bien fait que les spectateurs, captivés, ne s’aperçoivent pas que, derrière eux, on a déjà commencé à démonter le chapiteau.

La mondialisation est un bien. L’Europe est un bien. Mais le jeu est faussé, confisqué par ce qu’on appelait au moyen-age des « enfaumenteurs », esbrouffeurs, illusionnistes. On nous a fait courir après le pas-cher sans nous rendre compte que c’était tout un tas de métiers qu’on mettait en jachère. On a toutes les cartes à portée de la main mais, emportés dans un bonneteau fou, nous n’arrivons plus à les distinguer les unes des autres.

La France d’aujourd’hui : le radeau des médusés.

A part ça, du côté de la compagnie, nous sommes partis pour un décembre fécond et haletant, avec de nombreuses représentations à la clef. Ne boudons pas notre plaisir : on ne sait pas combien de temps il va durer.


Merci de nous avoir visités.

PP