EDITAL AOUT 2008
L'adage dit:"Dans le août, abstiens-toi", ce qui n'est juste le plus souvent que pour le travail.
Pour le reste au contraire on se lâche.
Et on en profite pour lire aussi.
Parlons littérature, ça nous changera.
Je suis en train de découvrir un géant de la littérature que j'ignorais totalement -vergogna vergogna!- Ernesto Sabato, auteur argentin, grand bonhomme. Le bouquin que je dévore s'appelle "L'ANGE DES TENEBRES" et je l'ai pris au hasard chez un bouquiniste. Comme pour certains vins, les bouquins, c'est quand on les trouve par hasard que c'est le meilleur.
Autre hasard exaltant: Les "BEBES DE LA CONSIGNE AUTOMATIQUE" de Ryû Murakami, un des leaders de la nouvelle vague nipponne. C'est haletant, délirant, époustouflant dans le vrai sens du terme.
Et deux que j'ai beaucoup aimés : "TON AUTOBIOGRAPHIE" d'Alain Gluckstein, pétri d'humour et d'engagement, et "DERRIERE LES GRILLES DE PULDITCH" par Henry Hudson aux éditions Folies D'Encre: chronique Irlandaise extrêmement savoureuse où se mêlent rire et larmes comme le soleil et la pluie là-bas.
Des livres qui sont des cadeaux qu'on se fait.
Ceci lu au cours d'un mois de Juillet fort plein de rencontres et de jubilation. (cf Chalon)
Edital dédicacé à Daniel Pennac dont je viens de lire "comme un roman" (je sais, c'est pas neuf mais, en littérature, j'aime prendre mon temps), bouquin avec lequel je suis tellement d'accord que c'est la première fois que j'ai l'impression d'avoir lu un livre avant de l'avoir commencé.
Bonnes ouacances à ceux qui en prennent.
PP
PS: et une pensée reconnaissante à Isabeau Shazada & Olivier Nonon qui, pour la cie, mènent dans une cité de Montreuil un atelier échasses/danse/théâtre auprès des loupiots qui ne sont pas parti, avec un grand bonheur.
mardi 5 août 2008


Peu appréciés souvent par les experts ès arts & culture, les officiels, les doctes, les spécialistes avérés et les journalistes spécialisés, les Arts de la Rue ont cette particularité que, plus que d’autres, ils se voient fréquemment questionnés tant de l’extérieur que dans leurs propres rangs sur ce qu’ils sont vraiment. Après « Théâtre de rue » qui semblait trop restreint, la profession pensait qu’avec « Arts de la rue », appellation ô combien généraliste sauf par son topisme, elle allait pouvoir s’installer durablement. Que nenni ! Voilà que se bousculent de nouveaux définisseurs avec des notions aussi séduisantes que « art contextuel » ou mieux « art en contexte réel », nouvelles définitions qui répondent évidemment à de nouvelles questions, souvent pertinentes. Il est de bon ton actuellement de dépriser les grands messes, les festivals et fêtes artdelaruesques au prétexte que ce n’est plus de la rue, mais un espace devenu codé pour la circonstance comme le sont les salles et temples de la culture. Tout comme on déprise la convocation à un spectacle au profit de l’irruption dans le quotidien, la surprise, l’achoppement ou, au contraire, du lent accompagnement, de l’apprivoisement. C’est dire d’un côté que la forêt n’est belle que vierge, et de l’autre que la culture aussi a besoin de labours et de semis. Ce n’est faux ni pour l’un ni pour l’autre. Les vaticinateurs peuvent ainsi brillamment vaticiner et c’est tant mieux pour eux.
Pour autant, il serait bon de ne pas oublier que si nous, les acteurs « de rue », sommes allés dans la rue c’est d’abord et tout bêtement parce que la porte était ouverte. Que l’espace public est surtout, tout sur-signalisé qu’il soit, un immense terrain de jeu. Un terrain où chacun peut jouer sans avoir à montrer patte blanche, à la seule force de ses talents, son travail, ses désirs et son imagination.
Terrain de jeux, terrain du « je » et du « nous », l’un et l’autre se tricotant des aventures artistiques où le regard est aussi créateur que le reste.
Il est aussi de bon ton d’opposer art réel et « entertainment », culture et animation, en daubant l’un pour mieux célébrer l’autre, ce qui ne rend service, in fine, ni à l’un ni aux autres.
A cette heure de l’été, où les festivals rivalisent d’affiches alléchantes pour attirer le touriste, il ne faut pas oublier que ce que nous apportons d’abord c’est de la chair, de la voix, de la proximité.
C’est en été que fleurissent les mille couleurs des arts de la rue, même si nous travaillons sur d’autres saisons, et d’autres occasions. Quelle que soit notre culture, notre intelligence, notre ambition, la pertinence de notre démarche, la rue dans laquelle nous nous retrouvons, public et artistes mêlés, est et doit rester, surtout, un grand bac à sable.
Il est terrible que certains mots aient pris une telle allure de slogan ou d'imprécation qu'ils ne sont plus proférés que par les pâles guignols de nos JT.
Ainsi de la démocratie, dont nous sommes tellement rassis que nous la voyons s'effilocher sans bouger. Elle est si fragile la paix civile qui permet de se
cotoyer sans s'assassiner! elle est si frêle la république! Ce mot de république que ce se sont arrogé tant de puissants juste pour geler le jeu.

Il arrive parfois que l'actualité personnelle, ou professionnelle, soit si prégnante qu'elle ne laisse quasiment plus de place au reste: ces gros titres et ces petits drames qui émaillent journaux de tous formats à longueur de colonnes. C'est le cas pour nous avec ce mois d'Avril que nous avons entièrement passé à rouler, répéter et jouer "Si tous les champs du monde..." sur les routes de France, en Bourgogne, en Lorraine, en Vendée. Un voyage dont nous sortons lessivés, mais riches de mille rencontres, découvertes, discussions. Un voyage qui ne nous laisse pas indemne mais fera date dans nos vies, je crois -voir un récit là-dessus dans chroniques & blablas-.
L'avantage de l'architecture sur les arts vivants est que lorsque les élus changent, ils ne se sentent pas obligés de démolir toutes les constructions de l'équipe précédente sous prétexte que ce ne sont pas eux qui les ont initiées. Avec la valse des équipes municipales qui a suivi les élections de mars, on constate que maintes constructions culturelles sensibles et fragiles (festivals, manifestations, programmations etc...) sont immédiatement remises en cause par la nouvelle équipe et ceci, de quelque bord que ce soit. Quand on sait la difficulté de créer un public et des rendez-vous crédibles et suivis, de susciter des échéances et des rendez-vous, c'est un vrai crève-coeur et un énorme gâchis. A Cognac, Bar le Duc, Morlaix, Bures sur Yvette entre autres, c'est ce qui se passe pour les Arts de la Rue, avec une remise en cause plus ou moins sèche de décennies, parfois, d'une laborieuse et opiniâtre construction culturelle.
Mars attaque doux, dans sa version météo, et plutôt âpre dans sa version politique, avec les municipales, entre autres. Il me souvient que, lors de mes cours d’histoire, on daubait largement ces monarques qui faisaient appel sempiternellement aux augures pour prendre leur décision. On constate, avec les sondages, que cette attitude ne s’est pas améliorée, loin de là. C’est que le futur persiste à ne pas vouloir répondre aussi explicitement que le souhaiteraient nos dirigeants, ce qui, tout compte fait, représente pour nous, les piou-pious, un gage de liberté, un rempart face aux manipulations. Tant qu’on ne sait pas vraiment ce qui va se passer, l’espoir, ce pari sur le futur, peut survivre. On constate par ailleurs que d’autres souhaitent bâillonner ce futur trop riche en possibilités, trop libertaire aussi, et qu’il y a des techniques pour cela, notamment, lors des élections ; on le voit en Russie, en Afrique et en moult états du monde. Quand on empêche l’avenir de s’exprimer, il finit par crier.
Quand on a, comme dans la reine des Neiges, chopé dans le regard un morceau du miroir qui fait voir tout en noir, mais qui évite d’être poire…
C’est un des plus beaux tours de passe-passe de la décennie : pour lutter contre la baisse du pouvoir d’achat, échangez vos RTT contre de bons et beaux billets. Bon dieu mais c’est bien sûr ! C’est l’œuf de Colomb. Mais pourquoi s’arrêter là ? alors qu’il y a des soirées à monnayer, des congés qui seront d’autant mieux payés qu’ils ne seront pas pris, sans parler des enfants : tout cet argent qu’ils ne gagnent pas en perdant leur temps à l’école. Il y a des niches d’enrichissement évident à portée de tous. Et bien aveugles ont été nos vieux Timoniers qui n’ont pas su les voir. Avec un peu de bonne volonté, le pouvoir d’achat de chacun va pouvoir grimper en flèche.
La première pénibilité d’un travail, pour reprendre un terme brandi ces temps-ci avec un soupçon de mauvaise fois, n’est pas, pour la plupart, dans les horaires, ou dans l’effort physique qu’il impose, mais dans l’absence d’épanouissement qu’on peut y trouver. Dans ce manque de respect, d’intérêt, dans ses hiérarchies rigides et étouffantes, qui sont le lot de la plupart des boulots. Sous ses dehors modernistes, notre omni-président a un bon siècle de retard, et ceux qui l’encouragent aussi. Non, tout ne se résout pas par l’argent. Le bien vivre, bien manger loger, bien manger, bien bosser aussi, et ne pas saccager comme des malades cette pauvre planète qui nous a donné vie, c’est ça l’important. L’argent ne fait que contribuer. La baisse de la valeur-travail c’est aussi celle de la valeur-homme. Il va être temps que ceux qui prétendent sauver le monde travaillent sur d’autres bases.

