Acidu Actus

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jeudi, juin 8 2017

Tout en nuances...

Comme chacun sait, la période des élections est éminemment propice à la nuance. On a beaucoup daubé la « réalité alternative » décrétée par Trump et revendiquée par lui en toute mauvaise foi, voire naïveté. Ça ne doit pas nous cacher qu'icelle est abondamment utilisée chez nous depuis fort longtemps, qui en sommes férus, en temps d'élections mais aussi en toute époque et pour tout type de raisons.

Chez nous c'est acté : le mensonge est honteux mais la déformation ne suscite pas de réprobation, parce qu'elle sert à tout le monde.

Passons sur les contes de fées qui ont refait la France à la Libération, sur l'euphémisation et l'édulcoration prônée par les faibles et les mous, pour nous diriger ex abrupto vers là où nous sommes champions : l'hyperbolisation . Que ce soit le nombre de manifestants décuplé systématiquement, l'inconfort qui devient l'enfer, le désaccord la colère, les bon accueils des spectacles qui se font cartons, le normal qui devient génial , l'adversaire qui devient ennemi, la crise qui se fait naufrage, la divergence qui devient traitrise etc etc. nous sommes coutumiers du fait.

La communication a ses règles qui ne souffrent pas de mollesse dans ses expressions.

En conséquence j'ai le plaisir de vous annoncer qu'un spectacle génial interprété par deux artistes d'exception va se produire le 9 Juin dans les locaux d'Acidu dans une ambiance surchauffée et fervente , qu'un autre spectacle tout aussi exceptionnel , d'une intelligence et d'une qualité aiguisées , interprété par des artistes fabuleux , se produira le 17 juin à Fontaines sur Saone puis à Sarreguemines les 24 & 25, sans compter ce bijou extraordinaire que le monde nous envie, interprété par deux autres artistes magnifiques qui rivalisent avec les plus grands , que la ville de Fresnes aura l'immense privilège d'accueillir le 25 en ses rues.

Etc. etc.

Les dates et précisions sont à côté. Nul doute que vous serez des millions à vous y rendre ! Et méfiez vous des autres, des pourris sans talent qui ne guignent que votre argent!




PP

lundi, mai 29 2017

Macrochoniste

On a suivi les primaires, les débats, le présidentielles in extenso, entendu, lu, regardé, décortiqué, on s'est ému, passionné, révolté, congratulé. On en a eu à boire et à manger et à commenter et à s'épater, voire à gerber parfois…

Aujourd'hui je suis paumé.

Ma part rebelle romantique insatisfaite traditionnellement de gauche –que je croyais- , nuitdebouteuse et libertaire, aspirant encore et toujours à un bon coup de pied dans les parties financières et mondiales qui nous serrent, et à cette VIème république qui remettrait quelques moteurs à l'heure, reste insoumise, croyant avec ferveur à la possibilité d'un changement de paradigme . Cependant, faute de ce grand soir électoral que nous pressentions et auquel j'ai failli croire, je constate, les yeux écarquillés, que je ne suis pas du tout mécontent d'avoir le président qu'on (qui) s'est fait, dont j'ose croire qu'il vaut nettement mieux que ses soutiens possédants et notables. Il me réjouit malgré tous les procès qu'on lui dresse, parfois incroyablement féroces. Et ça m'estomaque. Je l'ai vu sur Médiapart, ses arguments sont plutôt séduisants, et son rapport à l'Europe tranche heureusement avec ceux qui l'ont précédé, si tant est que cette Europe en question soit énergiquement reformatée. Il a l'aplomb, le culot et l'ambition. J'ai envie, oui, même si j'y crois peu, qu'il réussisse, que nous réussissions. Du coup, mélenchoniste optimiste et macroniste naïf, je suis un monstre, une chimère, un Macrochoniste .

N'importe quoi. Affligé qui plus est d'une sympathie certaine pour Benoit Hamon.

Lapidez-moi, amis si fiers, vous qui continuez sans déroger à jardiner vos colères. Couvrez-moi de la boue que je mérite. J'ai péché, je pêche, je voudrais y croire. Croire qu'on peut se réinventer un monde à notre mesure, un mouvement à notre image, autour des libertés solidaires entre nous et avec la terre. Mais croire aussi qu'à petits coups de levier, on peut le faire bouger, et rouler dans le bon sens, sans forcément se presser, sans forcément exclure, en jouant intelligemment des poids et des mesures qui font nos mécanismes. D'un côté la bile, de l'autre l'habile. Mon cœur penche nettement vers l'autre, quel que soit le camp.

Voilà le hic. Dans ces conditions, quoi voter ?

Bien à vous

jeudi, mars 23 2017

Au bord d'elle... Qui ? .... l'Histoire

On est toujours au bout de sa vie, sur sa lisière, qui, tant qu'on respire, recule, comme un horizon, tiré par des futurs imaginaires, des espoirs qui nous ferrent. Mais souvent, avec le temps, ces leurres s'étiolent ou dépérissent. C'est un peu notre cas collectif. Nous nous tenons sur la falaise, au bord d'un à-pic historique, pleins de frissons eschatologiques que nous avions oubliés. Le retour du Millénarisme avec ces catastrophes écologiques qui nous pendent au nez.

Je me suis épanoui dans les ressacs de 68, sur la marée des trente glorieuses, investi de rêveries furieuses comme nous tous, le progrès, dans tous les sens du rêve. Et puis tout ça, sans qu'on s'en aperçoive, a perdu de son jus au fil des années. Nous nous sommes illusionnés, ô combien, et nous n'avons pas vu ce qui nous aveuglait. Aujourd'hui nous sommes à bout d'espoir, pour partie. Ce qui fait que nous ne supportons plus ce que nous avons volontairement ignoré, une génération de prédateurs convaincus de leur nécessité, une arrogance surdéveloppée, une planète surexploitée, des paupérisations virales.

Des fins du monde imaginées, la communauté des hommes en a connues au fil des années. Toutes les religions du Livre se sont construites sur cette idée que la fin des temps approchait, qu'elle était pour demain avec sa Parousie, et qu'il fallait d'urgence, avant la grande lessive, s'être lavé de blanc, être dans le bon camp. Le succès du christianisme ne s'explique pas autrement. Ce qui n'est pas forcément pour rassurer.

Ce qu'il y a de commun à tous les candidats à ces élections présidentielles très particulières qui nous attendent, c'est le changement de paradigme soit induit soit annoncé. Quand on regarde les 5 principaux candidats qui se proposent, aucun ne prend la part du Père. Il y a un oncle irrévérencieux et pédagogue qui veut renverser la table, un petit frère laborieux qui a plein d'idées mais quelque mal à trancher avec sa famille, un fils, christique, qui veut recentrer les débats autour de lui, un beau-frère austère, prétendant perpétuer le père, le préféré des vieilles tantes mais qu'on a découvert la main dans le pot de confiture, et une marâtre enfin qui fait sa tambouille de nos ressentiments et s'applique à tartiner ses furoncles de fond de teint démocratique.

Et, vous avez remarqué ? aucun de ces joyeux postulants n'ose claironner le mot « changement » mais tout le monde y pense.

Autour de ça, à gauche, à droite, tous ceux qui défilent ressassant leur mantra « trahison abandon exclusion on a touché le fond » avec un effet tonneau dans les réseaux sociaux. Est-ce la fin des temps pour autant ?

Changer de paradigme, changer de paradis ? Qui aura la naïveté de penser que ce que les « affaires » révèlent serait nouveau ? si c'est de la fin d'un monde d'impunité qu'il s'agit, avec son cortège de népotisme et des oligarchies qu'il sert, on devrait s'en réjouir, non ? de ce qu'on puisse enfin soulever le couvercle et découvrir les peu ragoutantes mixtures qui s'y mitonnent ? que les dés(mocratiques) de la Vème république soient depuis longtemps pipés, qui va s'en étonner ? de la montée en puissance du travail de terrain, des associations et des SCOP, qui s'en plaindra ? Certes les attentats, le Brexit, Daesh, Trump, la famine en Afrique, l'activisme de Poutine, les dégringolades américo-latines, les flics qui débordent, les cagoulés en horde etc etc ce grouillement inquiète. Certes ce que nous sentons de nous français nous mine: de moins en moins puissants, de plus en plus frileux. Certes, financièrement, chacun de nous patine, du moins ceux qui m'entourent. Certes la planète râle, les cieux sanglotent, les eaux et le vent s'insurgent. La terre aussi s'appauvrit.

Est-ce qu'il n'y a pas un lien ?

A regarder de loin, nos débats électoraux paraissent bien mesquins et cependant, dans ces colères parfois putrides qui s'expriment, imaginer que ce n'est pas seulement nos voix qu'on entend. Qu'entre les « imbécil's heureux qui sont nés quelques part », absurdement cramponnés à un passé largement fantasmé, les « damnés de la terre » qui n'en peuvent plus de se faire manger le progrès, et les activistes sociaux et écolos qui ne cessent d'écoper, sans parler des paumés qui cherchent un avenir la lanterne à la main, est-ce que tout ça ne repose pas sur un même mouvement, est-ce qu'au travers des contextes éminemment différents dans lesquels chacun hurle, ce n'est pas une même voix qu'on entend ?

Et qui appelle, non pas à la fin du monde mais la fin d'Un monde, arrivé au bout de ses logiques de prédation ?

Un monde qui étouffe sans savoir comment crier, qui s'isole dans son ressentiment, qui ne sait pas que sa colère outrepasse largement ses propres frontières. Un grand flip collectif désordonné dont certains essaient de profiter y compris les faux prophètes, les semeurs de haine et de désespoir, qui désormais pullulent, l'outrance régnant, dans un larsen assourdissant qui nous vrille les tympans, amplifié démesurément par le tamtam numérique. Tous les miasmes qui, jusqu'à peu, restaient confinés dans nos environnement proches et ne fleurissaient que dans les urnes et sur les pavés, se mettent, par la magie d'internet, à circuler partout, sans recul, sans nuance, dans une sorte de transe. De quoi devenir fou.

Et les petites voix se perdent, celles qui ont de l'importance, oubliées dans la danse.

PP

jeudi, mars 2 2017

Comment ça Mars ?

Appris le mot « holisme », un mot du XXème siècle qui signifie : la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l'évolution créatrice. Un concept qu'on pourrait fort bien appliquer à la notion d'intelligence collective, cette grande oubliée des programmes de l'éducation nationale et, de nos jours, des combats politiques. On aurait bien aimé que nos ténors de gauche s'en inspirent dans leurs frotti-frottas électoraux, et pas seulement lors des primaires.

Constate que la loi sur les auto-entrepreneurs avait plutôt été pensée comme le cache-sexe de quelques prédations bien senties que pour rendre l'initiative entrepreneuriale aux pékins que nous sommes. Va-t-on requalifier les Ubers afin qu'ils puissent s'épanouir sous le grand édredon du salariat ? J'aimerais bien que tous les planificateurs sociaux et zélés n'oublient que les raisons qui poussé de pauvres bougres à se ruer dans cet interstice n'étaient pas motivés seulement par l'appât du gain mais aussi par la volonté d'avoir prise sur sa vie et son métier. Repenser le travail salarié comme le travail libéral sans oublier le travail d'intérêt général, bénévole ou non, c'est l'enjeu qui se cache derrière la proposition reprise par Benoit Hamon de revenu de base. Les critiques que j'en entends autour de moi sont toutes basées sur une réponse alors qu'il s'agit bel et bien d'une question, et pas des moindres.

Lu dans un canard que certains parlent de fonder une maison de retraite réservée aux LGTB sous prétexte d'un inconfort de part et d'autre à fréquenter des orientations sexuelles différentes. La ghettomania nous guette. Bientôt des maisons de retraite pour les blonds ? les noirs ? les nains ? les végétariens ? Déjà qu'entasser les vieux entre eux est une infamie dont nous devrions rougir, si on commence à trier, où va-t-on ?

Apprécié le fait que l'encadrement des crédits à la consommation ait abouti à une baisse significative des surendettés et beaucoup aimé cette initiative mise en route à Lille de vendre des maisons au centre-ville à la moitié de leur valeur contre l'engagement de les revendre aux mêmes conditions plus tard. Tout ce qui met un frein aux spéculations ne peut que nous faire du bien.

Pas étonné que la confrontation de nos choix électoraux puisse être si surprenante. Sur la Toile nous vivons cloisonnés, les algorithmes s'ingéniant à nous accoler tout ce qui va dans notre sens à chacun, une chambre d'écho qui nous donne l'impression d'avoir le monde entier derrière nous, alors que nous campons isolés, chacun dans nos stalles, saturées de nos seuls goûts et idées….

Entendu parler sur France-Culture de « démocrature », entre démocratie, caricature et dictature, à laquelle nous serions condamnés… mais n'est-ce pas déjà ce que nous vivons depuis des années…. ?

Mars, le mois des giboulées et le moment où nous sortons le bout du nez…

... précautionneusement.

Bien à vous

PP

mardi, janvier 3 2017

Voeux vaches cochons

Comme à l'accoutumée, un vol de vœux simagre aux lisières de nos agendas. Etourneaux étourdis boudant soudain l'année vieillie, percluse, trouée, à jeter aux orties parce que, forcément, elle nous a déçu, et ce avec une remarquable application. Et l'autre la nouvelle, qui vagit, avec un kharma déjà lourd de trop d'échéances cruciales inutiles, d'espoirs, de craintes et de saloperies qui n'en finissent pas. Qui la bichonne et surveille ses premiers pas ? qui va l'empêcher de virer délétère comme celles qui l'ont précédée ? Noël retourné au coltard, c'est la danse des Pères Souhaitards. Pendant ce temps-là les Balkany font leur pelote, et les consorts aussi ! Ces rituels arithmétiques pour faire mumuse en musique, tous en chœur et en cœurs. On fera les pontages après. Au fond de la caverne, ce sont des nombres qu'on se projette, accrochés chiffres molles. Le boulier serait-il le jouet préféré du lemming ? Que turgescent les langues de belles-mères, que s'encônent les coiffes, et une petite chenille pour couronner tout ça ! Retrouvons nous sous le gui ! Houx est le gui ? Nous sommes des survivants. Chaque année. Auxquels on impose ce grigri pour faire semblant d'y croire. Parce que croire c'est créer si on s'y met, si on ne se contente pas de la happy veulerie qui, lorsqu'elle échappe aux mangeoires à images, est une façon plutôt sympa de dire à ceux qu'on aime que leur santé et leurs succès font partie de notre santé et de nos succès. Que ça nous importe. Qu'au travers des frontières, des couleurs et des clivages, on se sent un chouïa concerné par notre devenir collectif.

Les vœux c'est écume et nique.

En quelque sorte.

Bien à vous

PP

mardi, novembre 29 2016

Avant le boeuf, l'âne...

L'âne est fatigué. Entre la carotte de la croissance dont il ne profitera jamais et les bâtons du chômage et des insécurités qui le cognent dur, l'âne a juste envie, besoin, de s'arrêter, de souffler, de s'occuper de lui et qu'on lui fiche la paix. C'est dans ce sens qu'on peut interpréter le vote Fillon… et quelques autres. A cette nuance près que chez Fillon il s'agit surtout de revenir en arrière avec les conceptions morales sociales et familiales d'un autre age, tout en plongeant sans freins dans le capitalisme débridé et la financiarisation tous azimuts. Ça peut plaire à certains, le retour aux valeurs de leur enfance, au pater familias, à l'ordre qu'on leur a fait rêver, mais de l'autre côté, la perte de tous freins effraie. L'âne veut simplement pouvoir déguster son apéro sans avoir sur le dos toute la misère du monde –c'est un âne après tout- qu'on arrête de l'emmerder avec des nouveaux décrets, réglementations, lois et projets, qu'on cesse de le tenter avec des nouveaux produits qu'il ne pourra jamais se payer à longueur de publicité –la publicité, cette saloperie insidieuse qui nous pourrit la tête à longueur de journée, pire que tous les appels intégristes du monde-, l'âne a envie aussi d'être à l'abri, derrière ses murs, que le monde fasse moins de bruit et qu'on cesse enfin d'y mettre notre zone sous tous les prétextes, l'âne en marre des discours, des promesses, des postures et des interviews complaisants, il a même éprouvé une petite jalousie lorsque les Belges ont eu la chance de ne pas avoir de gouvernement pendant quelques mois. L'âne n'en peut plus de se faire engager dans des courses qu'il ne gagnera jamais. L'âne rêve qu'on lui laisse le temps de construire sa vie, tranquillement, il a besoin de produits qui durent, de voitures dans lesquelles il puisse mettre ses mains, il n'en a rien à baguer des Iphone20, des G5, des Mercedes et des gestions de patrimoine, qu'on arrête de lui seriner qu'il en a envie de tous ces produits qui font tellement de déchets et qu'il ne peut pas se payer. Parfois ça le rend fou . Il a des crises –vous avez vu ces images d'émeutes pour les soldes qui circulent sur la toile ?- il fait n'importe quoi pour un carton une boite dont il n'a pas besoin, et il ne vote plus, il braie comme un âne qu'il est, stupidement, interminablement, juste parce que ça fait du bien. L'âne est exténué, largué, à bout de souffle.

Si un candidat lui disait : on arrête, on fige tout pendant cinq ans, plus de projets, plus de décrets ni d'ordonnances, plus de bidules . Service minimum. On s'occupe de nous, de nos voisins, on prend le temps, on passe du plus au mieux, de la quantité à la qualité. On ne vire pas de fonctionnaire, par contre on met en vacances forcées et à leurs frais sénateurs, députés, et tous ceux qui ne sont pas d'impérieuse nécessité… Pas sûr que ça lui déplairait, à l'âne.

Pendant ce temps-là, sans financement, sans pollution, sans construction, bilan carbone zéro, à la seule force de son amour, de son intelligence et de son obstination, une petite bonne femme a établi un lien transgalactique avec sa fille autiste, dont les schémas mentaux sont esbroufants de lumière et de puissance ; c'est E.T. qui nous écrit, un vertige qui nous saisit à côtoyer la pensée d'une véritable « autre », fascinant, troublant, exaltant… un petit film qui s'appelle « dernières nouvelles du cosmos » et qui nous raconte ça.

Et on se dit, pendant que l'âne continue à s'enfoncer dans ses ressassements frustrés, qu'il faudrait peut-être lancer un vaisseau de curiosité et d'amour vers ces galaxies terriennes si lointaines, et si proches… parce que… vous les sentez autour de vous ? parfois en vous …?

…. ces oreilles qui poussent ?

PP

mardi, octobre 18 2016

C'est dans terre

Depuis plus d'un mois, une tribu d'indiens s'est installée près de chez moi. Chassés d'une de ces réserves qu'ils s'étaient inventées au mépris de tout traité mais avec l'autorisation implicite et tacite du laisser-aller, ils ont planté leurs tipis au centre de la ville, à l'ombre conjuguée du CDN et du ciné. Et ils y vivent leur petite bonne femme de vie, hommes femmes et mouflets, sans pudeur ni excès, cramponnés à leur survie basée sur cette énergie : la force d'inertie et avec le soutien d'un groupe d'habitants déterminés. Certes ces indiens-là n'ont pas le côté folklorique et clinquant de ceux qui paradent dans les ranchs près d'Eurodisney. Certes, leur campement manque un peu d'élégance. Ils ne portent pas de plumes ni d'armes traditionnelles, entassent leurs vêtements pour lutter contre le froid dans leurs tentes quechua, et quand une bonne âme, toute pétrie de pitié et de bonnes intentions vient s'enquérir de leurs conditions de vie, ils ne manquent jamais au bout du temps de palabre nécessaire, de réclamer de l'argent. Car ils tiennent ceci de la lointaine Inde dont ils sont supposés être originaires, que la mendicité est pour eux un métier.

Pour tout dire, le campement, sur la belle place Jean-Jaurès de Montreuil, fait assez dégueulasse. Ils ont squatté la ville et y semblent à leur aise, même si les conditions y sont pourtant durailles. C'est une parenthèse, une lutte, une façon de mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités. Le comité de soutien est sur les dents. Le résultat est que nous qui les côtoyons, jour après jour, avons une vue directe sur leur quotidien qui se déroule ouvertement, bien loin de nos traintrains. Chaque fois que j'y passe, en scooter le plus souvent, je prends une bouffée d'étrangeté comme si un bout de Roumanie ou de Calcutta venait de débarquer. Et je sens bien que ça me tiraille, cette totale et impudique indifférence à nos codes et nos modes. Et que ce qui les mène n'est pas du tout ce qui me mène et à quoi j'ai souscrit bon gré mal gré, moi qui pourtant me juge différent, ce contrat civilisationnel qui fait notre société. Et je me demande s'il n'y a pas une bonne part de condescendance dans la façon dont nous prenons l'inconfort de leurs vies et quand, telles des ONG, nous cherchons à les aider à entrer dans la cité, si ce n'est pas une façon de leur crier : arrêtez d'être différents ! une façon de les inciter à rentrer dans le rang. Parce que leurs valeurs sont autres, indubitablement, et c'est un peu agaçant. Eternel combat du sédentaire contre le nomade, Caïn contre Abel. Même les gitans sédentarisés de la ville, installés depuis des générations, ne les supportent pas.

Et j'entends cependant ce que m'a dit Bielka, musicienne et chanteuse qui a travaillé avec leurs enfants et appris une part de leur répertoire, que les Roms sont le seul peuple qui ne s'est jamais approprié une terre et n'a jamais déclaré la guerre. Et je me souviens de ceux qui, à Mostar, dans cette ville toute pétrie encore d'affrontements fratricides, ont soudain soudé tout le monde autour de vieux airs yougoslaves qu'ils jouaient pourtant fort mal, les seuls à porter encore le rêve de ce pays mort. Et n'est-ce pas une part de la fonction de l'art ? Nous qui nous disons saltimbanques, n'étions-nous pas aux origines uniquement nomades ?

Les voyageurs nous interrogent et nous avons perdu les réponses aux questions qu'ils nous posent. Dans notre Europe qui se hérisse sur ses territoires et ses identités, qui jauge l'étranger avec suspicion, bardée de ses propriétés dont elle a fait un culte délétère mais incontournable, nous ne savons tout bêtement plus recevoir l'autre, l'étranger, sans lui demander de justification ni lui enjoindre de s'intégrer. Dans certaines familles traditionnelles, il y avait dans les repas familiaux toujours une assiette en plus : la « part du voyageur » –on disait aussi : la « part du pauvre » dans les familles bien pensantes- et la république avait intégré cette nécessité d'accueillir en imposant aux communes des terrains « pour les gens du voyages », terrains souvent en but à la prédation, l'appropriation éhontée, ou la relégation près des décharges.

Aujourd'hui le nomadisme est tendance, à condition qu'il soit friqué. Une part de notre âme doucettement s'éteint et ils en sont la braise, qu'on expulse, stigmatise ou brandit , selon nos convictions et a priori…

Une braise incroyablement résiliente.

Et, je le soupçonne, indifférente.

PP

PS: Un climat si varié qu'on en perd son polaire. A peine on a chaussé ses skis qu'il faut remettre son burkini.... A noter le début de Rue Libre, manifestation des arts de la rue cette année toute dédiée à la contestation des dérives sécuritaires imposées par cet état d'urgence qui n'en finit pas de polluer nos joies. Et très bientôt, le 4 NOVEMBRE, l'édition automnale de notre Cabaréboum, à domicile, comme d'hab'.

jeudi, septembre 15 2016

Du passé faisons table ouverte...

On ne le sait pas toujours mais une majeure partie du budget de l'Etat en matière de Culture est consacrée au Patrimoine.

       Le Patrimoine, ce truc qui nous structure, nous définit, enjolive notre identité, à nous "français" et qui nous tue un peu aussi, nonobstant. En ce domaine, l'adage bien connu "on ne peut pas être et avoir été" conviendrait assez bien. Armurés de ce patrimoine culturel, artistique, historique, linguistique et architectural, voire social, dont nous nous enorguillissons, les conservateurs hystériques de tous poils ont beau jeu de poser leurs chausse-trappes à toute remise en cause du sacro-saint glorieux passé qui nous caractérise. Ce qui ne fait pas de nous des terriens particulièrement inventifs au demeurant.
       Depuis quelques années, le patrimoine est célébré en grandes et petites pompes à travers les "Journées du Patrimoine" qui permettent à tout un chacun de communier dans ce grand bain de pierres et de sueur qui jalonne notre histoire et notre pays.
       Fort heureusement, dans cette méga fiesta des monuments, on n'a pas tout à fait oublié les arts vivants, et, comme une bonne partie du répertoire de la compagnie prend pour cadre un passé plus ou moins imaginé -non sans y glisser au passage quelques liens avec l'actualité - , c'est un w-e qui s'avère souvent pour nous assez chargé. Et donc joyeux.
       A vous y croiser donc, si le coeur vous en dit...
       PP
       17 sept: LES SOEURS PETALE St Germain en Laye (78)
       18 sept:            AGRIPPINE Jublains (53)
          - LA MARQUISE DE NOUTROY ND de Gravenchon
          - LES JOYES DU MARIAGE Verneuil sur Avre (27)

mardi, août 23 2016

AURILLAC 2016 (journal)

Aurillac ça va vite. L'avantage d'Eurodisney sur Eclats d'Aurillac 2016 c'est qu'à Eurodisney tu ne passes à la fouille qu'une seule fois. A Aurillac c'était 3 ou 4 fois par jour voire beaucoup plus selon tes déplacements. Fouille légère certes mais oppressante à la longue. Du coup, la petite échauffourée de vendredi - à laquelle je n'ai pas assisté - a eu pour effet d'alléger légèrement le dispositif du lendemain et ça n'était pas un mal. On peut s'interroger sur la pertinence de ce coup d'humeur mais il exprimait à sa façon un sentiment général de ralbol et ceux qui géraient ce système sécuritaire ont eu l'intelligence de ne pas en rajouter après l'évènement. Jouer dans un bunker n'a rien de mirobolant. Espérons que ce ne sera qu'un exception. J'ai eu l'occasion de croiser une patrouille assez conséquente de gendarmes surarmés procédant à une vérification d'identité sur trois ados dépenaillés. ça fait froid dans le dos. Mais in fine on a tous joué, faisant contre barrière bon coeur et devant un public moins nombreux que les autres années.

La météo était impeccable, il faut dire, les quelques pluies qui sont survenues promptement ayant fait le service minimum aurillacois. Cette année, le bonheur était dans les cours -parfois surbondées- entre soi, à l'abri et sans le risque des perturbations sonores auxquelles on n'échappe plus avec cette agaçante prolifération des sonos de tous poils -putain que je hais les sonos parfois-. Mais les cours favorisent l'avignonisation du festival. C'est de la salle sans toit, peinarde, conviviale, à l'abri de la rue, de la vraie, cette arène où mimes, danseurs, groupes musicaux et visuels sont les seuls à s'épanouir sans se faire agresser par des decibels en folie. Les seuls ? Heureusement non. J'en ai trouvés qui résistaient, sans sono, à l'ancienne, et qui se sont fait de bien beaux cercles. Citons avec gratitude les Boudeuses, dont la patate un peu criarde et pour cause n'a pas nuit à l'efficacité comique et les Transe Express dans "l'histoire de Thomas Sankara": une demi-heure de petit bonheur où on a retrouvé la rue telle qu'on l'aime.

Nous dormions au centre-ville, à deux pas de la mairie. Une bonne façon de vivre ce que vivent les aurillacois pendant le festival. Un enfer. Les festivaliers n'ont pas le moindre égard pour les habitants. Tu te prends une trompette à trois heures du mat'. ça hurle toute la nuit. ça s'égosille. ça dégoise, ça djambe interminablement sans le moindre égard pour ceux qui dorment là. Tu comprends les exodes et les grincements de dents . Pour ce qui est de mes petites aventures à moi, entre le pot du in, le pot de la SACD, le pot du off où j'ai fait acte de présence et de goinfrerie, j'ai fait mon petit bonhomme de chemin. Loin de Troie n'est pas un spectacle pour rue, mais pour espaces non dédiés, amicaux, conviviaux, bref, assez éloignés de l'endroit où j'étais. J'ai fait des petits publics, d'autant plus méritants que je jouais tard et samedi ce fut une très bonne, une presque parfaite, une de celles qui font carburant pour aller plus loin. Le samedi à Aurillac est ma journée préférée. Les pressés sont partis. Restent les gourmands. Les programmateurs lâchent leurs programmes et se font plaisir. Les artistes sont moins tendus et en profitent pour aller voir ce que font les autres. On déguste les miettes avec délectation sans chercher à se prouver quoique ce soit. Ce sont les dernières représentations et elles ont souvent la beauté des crépuscules. En ce qui concerne les spectacles que j'aime et que j'ai défendus, Madame Tantale, l'Affaire Jeannette, ce furent leurs meilleures représentations aussi. Et ils ne sont certes pas les seuls.

Aurillac est un mirage. Un endroit des mille et une folies où tu peux vivre un miracle tout comme une débacle. Une mecque bordélique où les prophètes vocifèrent, se défoncent, s'affichent et où les pélerins grouillent, le programme à la main, en quête d'un extase souvent décevant mais parfois fabuleux. Où l'avenir te fait des clins d'oeil, seulement, où l'espoir est le plus souvent chichement rétribué, où de belles aventures sont aussi parfois nées. On ne sait jamais à l'avance. Un acte gratuit où il faut payer de sa personne et de sa monnaie. Une danse. Une transe. Une frasque rituelle où paradent les professionnels tandis que les soutiers souquent.

Et l'occasion de retrouver ou découvrir de bons copains....

ça aussi. PP

mercredi, août 10 2016

le temps des amoks

Est-ce qu'il est revenu le temps des amoks ?
Où de pauvres types mettent fin à leur vie avec tout un stock de pékins, d'innocents embarqués dans la foule
Avec ce gout du sang drapé dans des bannières, des drapeaux... ou rien
Voici venu le temps de l'ubérisation des guerres
Des massacres amateurs quasiment pour du beurre
Nous qui dormions sous des couettes sécuritaires
Nous auxquels on vendait des chaussettes à bas-coût
Qui rêvions d'une mondialisation qui ne servirait que nous
Voilà qu'en prime elle nous transbahute tout le lot de misères
Qui se cachait dessous
Voilà qu'ils émergent en plein jour les déséquilibres et les déséquilibrés
Et le prix de la vie qui a tant baissé croyons-nous
Nous tellement éberlués qui considérons comme normal de dépenser
De quoi nourrir cinquante villages pour prolonger une existence de France
Contre son gré
Voici que nous découvrons les différences d'échelles et de voleurs
Voilà que notre salariat petit à peu se meurt
Voilà qu'on nous réclame notre livre de chair
Nous qui croyions tout avoir pour pas cher
Nous désormais funambules sur le fil d'une civilisation qui meurt
Tueurs et braillards rugissant en dessous
Nous, à merci d'un pogrom ou d'une ratonnade
Retenus comme nos souffles, hésitant
Essayant de conjuguer nos intelligences
Pleins d'envies et d'élans affamés de changements
Coincés dans l'impuissance de ceux qui nous gouvernent
De ceux qui font semblant
Alors que nous pouvons et c'est là qu'on se berne depuis bien trop longtemps
Infiniment plus qu'eux
Si on bouge si on s'ouvre si on se cramponne collectivement
A notre ciel commun

Sans être tous d'accord, en désordre, dans un parfait bordel. Mais résolument respectueux de nos différences

C'est ce que je veux croire.

PP

dimanche, juillet 10 2016

BATEAU DE SABLE

Au matin sur la plage, pendant les marées basses, la grande langue de sable humide libérée par les eaux se voyait striée de badauds, cherchant pignons, roulant, courant, construisant des châteaux, jouant à la balle, aux billes… Occupations bien vaines et qui nous laissaient froids. Nous avions d'autres plans. Armés de pelles et de seaux, nous nous campions face à la mer, dressions des plans rapides pour être bien placés, pour qu'attaque et défense y soient équilibrés, puis, ce choix fait, nous nous lancions avec entrain et urgence dans l'édification de notre bâtiment, notre « bateau de sable ». Moitié citadelle, moitié bateau. Parce qu'il s'agissait bien de fendre les flots, de les empêcher de nous submerger tout de go, d'offrir à la rapide montée de l'adversaire-mer, à ses vagues féroces, à son cruel appétit, l'obstacle de notre détermination, le frein de notre résistance. Ce navire-forteresse, nous le voulions insubmersible,- nous faisions tout pour ça, élargissant les murailles, les montant au plus haut, creusant des douves où les assauts d'eau se casseraient les dents-, mais l'acceptions fragile. C'était même là tout son intérêt, qu'il ait besoin de nous, de tous nos soins et efforts pour tenir le coup. S'il pouvait tenir bon sans nous, où était l'intérêt ? Nous creusions comme des bagnards, en jetant des coups d'œil inquiets et impatients vers l'océan. Déjà les flots commençaient leur assaut au galop. Il fallait accélérer le tempo. Les pelletées volaient violemment, au risque parfois de fragiliser notre édifice, mais si ça nous faisait gagner 15 secondes dans ce combat perdu d'avance, ça valait le coup. Les flots se rapprochant, nous nous arrêtions soudain –plus le temps de faire mieux- pour nous positionner ensemble dans notre forteresse. Une subtile hiérarchie présidait à nos places, entre proue et poupe, bâbord et tribord, entre l'avant-garde et l'arrière-garde, avec son lot de responsabilités. Mais dans les premiers instants, il s'agissait surtout d'en profiter, de ce temps très court où l'équipage pouvait frimer sur le pont. Ça n'allait pas durer.

Elles arrivaient.

Ce frisson dans le dos lorsque la première écume se mettait à lécher nos murailles ! D'un regard nous pouvions constater si nous avions failli ou réussi, si nous tiendrions quelque temps ou si tout allait subitement s'effondrer. Mais rien n'était perdu, jamais ! un coup de pelle était toujours possible pour colmater les brèches tandis que nos seaux écopaient. Hauts les cœurs et les bras agités. Nous étions tous les sysiphes du monde poussant notre rocher, pour que l'eau n'entre pas, pour que nos pieds soient secs, pour que nous surgissions pendant quelques instants, quelques instants seulement, tel un îlot au milieu des flots. Epiques furent nos batailles, innombrables nos défaites, fabuleux nos exploits, et nous n'en fûmes jamais las.

Tralalas tralalas !

Ainsi va la chanson … des luttes contre le temps et le délitement.

Aujourd'hui, elle a un drôle de goût, l'eau.

Et le sable nous manque.




PP

mardi, juin 7 2016

Ah ce qu'il est bon de se sentir dans le bon camp !

Je suis allé voir « MERCI PATRON » au cinéma municipal. Une salle presque pleine. Et heureuse. Et il y a de quoi. Formidable ce film, qui fait du bien infiniment. Une fierté, une délivrance, un bonheur, le même bonheur j'imagine qu'ont dû éprouver les Canuts lorsqu'ils ont découvert Guignol interprétant leurs luttes, tapant sur les gendarmes et les patrons. C'est ce qu'il a fait Ruffin, et avec quel talent, réinventer un Guignol d'actualité, pétant la santé, pas affadi, pas sclérosé, et en plus l'histoire est vraie ! Cette jubilation de voir les encostardés, les encravatés, les pourris de pognon, se faire gentiment niquer. Un grand plaisir dans ce combat entre deux camps où tu reconnais le tien si facilement.

Quel bonheur de se sentir dans le bon camp !

Du coup, tu te dis que les luttes sociales, c'est la prolongation, tout ce que tu vois et lis, ces flics à la main si lourde face aux casseurs instrumentalisés, ces rodomontades patronales et gouvernementales, cette niaque des grévistes et des militants, ces procès, ces lazzis, ces grèves et ces piquets de blocage, ce lyrisme, tout ça en fait partie. On veut nous enfumer. On veut nous écraser. Et nous, les damnés de la terre, on a raison de les contrer. Et tu te sens bien de le penser, d'être avec les autres, tes copains, dans la foulée du CNR, de 36, de la Commune. De te dire que cette Gauche qui se prétend et qui se vautre dans les salons, dans l'entre-soi élégant des riches, fait des risettes aux patrons, et respecte les diktats financiers pour bien montrer qu'eux seuls savent gérer, est en fait la vraie droite, une droite cachée, celle qui fait avancer, qui sait endormir, comme ces ONG qui derrière leur façade de bons sentiments continuent une colonisation qui ne dit plus son nom et que dénonce virulemment Lionel Trouillot, entre autres.

Oui, c'est tentant, d'être dans le bon camp.

De te dire comme on te le laisse penser que le quinquennat Hollande c'est pire que le quinquennat Sarkozy.

Ah bon ? Tu te souviens des aigreurs monstrueuses qu'icelui t'a causé et tu te dis : quand même !

Mais c'est vrai que tu aurais bien envie de le croire tellement parfois c'est maladroit, mal foutu. Qui a écrit la loi El Khomery ? qui l'a rédigée ? Qui sont les nègres ? le MEDEF ? Et pourquoi les syndicats qui sont censés nous représenter ne sont-ils pas d'accord là-dessus ? Alors que c'est important. Il y aurait des syndicats « jaunes » et de vrais syndicats, ce serait ça ?... Des bons, des méchants, tout noirs, tout blancs… ?

Tu regardes ton pays de braillards et de snobs coincés où on ne sait plus se parler. Un pays où tout marche au lobby : Routiers, FNSEA, syndicats etc. Le premier nous pollue, insolemment, sans qu'on n'ait jamais un mot à dire pour refuser les passe-droits et le fric impressionnant que le tout-route nous coûte. Le second nous pollue aussi et se tue gentiment, adepte de tous les intrants, champions de la courte vue, de l'exaspération en serre, de la course à l'obésité surfaciaire. Le troisième, c'est mon camp. Enfin presque. Parce que je suis bien obligé de constater que son champ d'action se passe toujours dans les mêmes allées. Que ce ne sont pas Vinci, Monsanto, Macdo ou autres calamités qui se mettent en grève. Ce sont souvent, très souvent, des entreprises qui nous appartiennent un petit peu, dont l'Etat, donc nous, possède une petite ou grosse partie, et dont on pourrait dire qu'elles sont notre bien commun, pour ce qu'il en reste, jusqu' à ce qu'un gouvernement ne les brade au privé parce qu' elles ne rapportent pas assez, parce qu' elles ne remplissent plus assez leur rôle de vache-à-lait pour les combines grises et les acrobaties budgétaires. En attendant, chacun en profite : ce qui appartient à tous est pillable et corvéable à merci. Tu t'en navres, de voir tout ce commun qui se barre, dont, à droite et gauche, on s'est gobergé sans que t'aies pu moufter. Mais bon, c'est le levier.

Quand tu es dans le bon camp, with Marx on our side , faut pas ergoter ; ratiociner c'est reculer. Regarde autour de toi. On est pas seul. L'Europe, qui vote au petit bonheur la déchéance, sans élan, à cheval sur une tirelire qui fond, ces envies de se tirer, ce ralbol enfiévré, ce naufrage sans fond que nous partageons, à défaut de rêves… cette dérive cacochyme… L'Europe !… Comment, en vingt années, on a pu la saloper à ce point ? L'Europe fiche le camp, tu te cramponnes au tien.

Quand t'es dans le bon camp, l'intéressant c'est que tu peux te réjouir que certains de tes camarades puissent peut-être conserver leurs conditions de travail et que les horaires, le salaire, les conventions sociales puissent ne pas partir à vau-l'eau. Ça ne te concerne pas directo, même pas de loin, mais ça te fait du bien. Un peu comme les tout petits actionnaires qui se réjouissent que les gros s'en mettent plein les fouilles. Du bonheur par transfert.

Ce que tu vas d'ailleurs bientôt pouvoir continuer à faire avec les sportifs millionnaires de l'Euro, quand ton camp, celui que tu t'es choisi, avec un drapeau et des hymnes, remportera le match.

A défaut du reste.

PP

mardi, mai 17 2016

Demain la nuit ?

A quoi sert la « représentation nationale » ???

   Au départ ? un projet de loi touchant au code du travail –une frontière cruciale pour la gauche traditionnelle -, qu'on présente en laissant entendre qu'il pourrait faire l'objet d'un 49.3 avant de se récuser. Trop tard. Sur ce simple projet, qui n'est qu'un projet, mais qui éveille tant de craintes plus ou moins fondées, c'est la bronca. Haro ! Taïaut et Nation-République à petites foulées. On gomme à la va-vite les aspects les plus difficiles à passer, de telle sorte qu'il y ait au moins un soutien social à ce projet. Mais macache ! Une fois lancée la machine à défiler, ce ne sont pas quelques petits ajustements véniels qui la feront renoncer, d'autant que depuis quelques temps, il y a de petites mesures et comportements qui ont du mal à passer et que vient de se présenter une occasion rêvée et mobilisatrice de le faire savoir. Ergo re-haro, manifs, nuits debout et tagada.
   On pourrait se dire que dans un cadre républicain, on élit des représentants pour qu'ils discutent, amendent et fassent évoluer les projets pour le bien de tous jusqu'à ce qu'ils deviennent lois, à la satisfaction, sinon générale, du moins de la majorité de la population. Et donc que ces manifestations préventives pouvaient être abusives dans la mesure où le débat parlementaire n'avait pas commencé. Mais voilà –sublime inspiration !- que le gouvernement vient de donner raison à tous ceux qui battaient le pavé depuis quelques mois contre. Et, du coup, décrédibilise le régime pseudo démocratique qui régit notre pays. Déjà que, parfois à tort mais aussi à raison, avait grandi chez beaucoup le sentiment d'une trahison, là c'est le pompon !
   Du coup la revoilà ! elle nous manquait celle-là ! la machine à perdre pointe le bout de son nez. Et c'est merveille de voir comment chacun de son côté œuvre pour la faire fonctionner. D'une part les contempteurs de la loi El Khomry qui dépensent une telle énergie pour lutter contre icelle qu'on se demande ce qu'il leur restera quand la Droite, arrivée au pouvoir au grand soulagement de tout le monde, en présentera la version XXL. -A moins que, fidèle à l'esprit de cette Vème république qui n'en finit pas de montrer ses limites, le candidat élu de cette Droite ne s'applique à tromper lui aussi ses promesses et fasse le contraire, tout en préservant, c'est sa mission essentielle, les intérêts de ses affidés, les riches. Ce qui est quand même le principal.- Et, d'autre part, nos gouvernants qui viennent de réaliser avec cette loi , -mais que sont-ils allés faire dans cette galère ?-, un joli faux-pas qu'on ne leur demandait pas.
   Que vont gagner la « vraie gauche intransigeante»  et la « gauche gestionnaire » à ce débat musclé ? On peut pronostiquer un paysage libéré, où tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la gauche sera enfin débarrassé du Pouvoir. Du coup on pourra tenter de récupérer ces petits bastions territoriaux qui assurent la croûte quotidienne des différents élus et tout ira pour le mieux.
   En même temps, cette loi et les réactions qu'elle entraine nous évitent au moins les débats délétères sur la question identitaire dont, en d'autres temps pas loin du tout, certain président aurait fait ses gras choux.
   On se souvient de Mitterrand l'emportant sur ses concurrents socialistes avec un discours de rupture dont il n'a pas appliqué le moindre début du commencement. Les postures outrées, les va-t-en-guerre résolus, on sait ce que ça vaut. Chez nous, papistes, on a le verbe haut mais l'action molle. Et, surtout, la parole n'engage pas vraiment. C'est qu'il y a des combats souterrains qui nous échappent, des intérêts qu'on ne dit pas, des calculs qu'on ne montre point.
   Vous croyez qu'il y a une grande révolution sociale sur le feu ? Foutaises ! Entre les questions de survie, les corporatismes, les paranoïas fantasmées, les manipulations et les véritables angoisses à la paupérisation, valsent vessies et lanternes au grand bal des insatisfaits. Les arguments avancés ne sont jamais qu'une partie émergée de l'iceberg des calculs. Et de toute façon tout le monde s'en fout. Ce qui intéresse le bon peuple, c'est Cannes, l'Euro de Foot, le Tour de France, tous ces gentils yoyos à faire des euros…. Nonobstant les stratégies de survie qui prennent de plus en plus de temps.
   Chez nous, entre conservatisme et rêve-olution, il n'y a rien, pas d'espace, pas d'évolution. Il y a ceux qui ont (leur) raison et les cons. On ne travaille pas ensemble, on exclut nettement plus qu'on rassemble. Même dans les Nuit Debout, on a exclu par peur que l'ignominie prêtée à l'autre ne contamine les bons. Discuter avec un avis différent c'est risquer qu'il déteigne. On se frite. On ne se parle pas. On se concurrence. On s'accroche à ses étiquettes, qu'on brandira avec d'autant plus de vigueur que ce qui nous sépare de l'autre est minime. On ne discute pas ou peu intérêt général mais intérêt de mon camp, voire de mon territoire, voire surtout de ma pomme.
   L'Histoire dira quelles ont pu être les avancées de ce quinquennat. Il doit bien y en avoir. Si ce n'est sur la politique écologique qui frise le gros foutage de gueule. Si ce n'est sur la complaisance aux financiers et aux grosses entreprises, souvent choquante. Si ce n'est sur les questions de fond, totalement évacuées. Mais ailleurs… (?)
   Demain la nuit ?
   Chez les politiques, c'est « Candidats debout ». Pléthore. Qui pourrait être une chance. Ou pas.
   Pour nous, vivre debout pour se rêver un avenir. Enfants-phares dans la tourmente. Nous valons mieux que ce que nous disons. Nous sommes plus forts que nos déclarations. Nos rêves pas si étriqués que ça. Il y a des failles. Des lagunes à inventer. Une mer.
   Certains commencent. Ont déjà commencé.
   Il n'est pas trop tard.
   PP

jeudi, avril 28 2016

Nuire debout peut fumer gravement

Les opinions peuvent évoluer quand les points de vue acceptent de se rencontrer. Se cramponner au midi qu'on voit à sa porte ne fait rien bouger. Si l'on croit –si l'on veut croire- à l'intelligence collective, il faut aventurer sa pensée vers celle des autres.

L'affrontement des points de vue mène à l'impasse. On ne voit pas le monde pareil.

Un papa qui fut ainé aura du mal à saisir le fonctionnement de son dernier-né. Un urbain peinera à voir le monde tel qu'on le perçoit d'une ferme isolée. Un dirigeant né dans la soie n'entendra que de très loin les problématiques de quelqu'un dont la survie fut le premier et principal souci. Un banquier ne comprendra pas qu'on ne veuille pas spéculer avec nos économies.

De même : un fonctionnaire ne comprendra jamais la problématique d'un intermittent du spectacle, même s'il l'étudie, s'il lit des dossiers, des témoignages, tout cela restera étranger à ses propres préoccupations et sa vision du monde. La réciproque est d'ailleurs vraie.

De même les leaders syndicaux ouvriers ont du mal à comprendre que leur arme favorite : la grève, n'ait qu'un intérêt limité pour les artistes concernés.

Plus généralement, les salariés ne peuvent comprendre les problématiques des précaires qui ont choisi cette précarité, ceux qui vivent avec toute leur vie et qui acceptent en outre de ne pas être payés pour tout le travail qu'ils peuvent effectuer. Incongruité ! Insensé ! Des tire-au-flanc sûrement.

Deux mondes qui ne se rencontrent pas. Jamais vraiment.

En tant qu'intermittent, ayant pour principal outil une petite compagnie, j'ai du mal à comprendre comment les journalistes qui étaient collectivement propriétaires du Monde ont accepté de vendre leur journal ailleurs, livrant ainsi leur indépendance aux bons vouloir de plusieurs magnats de la finance. Impossible à comprendre sauf si tu te dis que ce qu'ils ont cherché à maintenir c'est moins leur journal que leur niveau de vie qui était mis en danger par les difficultés financières du journal. Voilà un hiatus difficile à comprendre pour ceux qui, quand une difficulté se présente, réduisent la voilure de leurs propres émoluments pour que leur structure perdure.

De même un dirigeant connu pour la puissance de sa pensée et surtout l'énergie qu'il consacre à ses propres intérêts, ne peut même pas saisir ce qui se dit, ce qui se joue, à Nuit debout, que des gens puissent se réunir sans résultats tangibles, sans pognon à gagner, sans pouvoir à prendre, sans jetons de présence, lui échappe totalement et il n'y voit qu'une bêtise confondante.

Décidément, le gnagnagna mental nous gagne inexorablement…

De même tous ceux qu'on a formés pour vénérer les doctes, les grands artistes, les écrivains sacrés les « génies » (Ah ce culte du génie, quelle merde !) ont du mal à saisir que tous ces grands artistes qui sont passés à la postérité ont lutté, grenouillé pour se faire connaître, ont écrasé amis, concurrents quand il fallait le faire. Mis à part les reconnus posthumes qui ont servi à d'autres, toute célébrité implique une plus ou moins grande quantité de manœuvres et bassesses. Et ce n'est pas Voltaire qui me contestera.

C'est un peu ce qui se passe avec les Nuits Debout ; on observe que François Ruffin et Frédéric Lordon se font actuellement briller la cerise auprès des médias, porte-paroles cherchés par eux parce que faisant partie de la famille, et que leurs paroles, souvent pertinentes mais pas que, s'épanouissent dans des cadres beaucoup plus confortables que les deux minutes restreintes des nuitdeboutistes fervents. On observe de même qu'il y a dans ces Nuits Debout des gens fort différents, fêtards, militants,touristes …

Et alors ?

Le sentiment d'impuissance nous mine tellement. Exit l'espoir d'échapper au hachoir, de mater la finance, de se réinventer dans une république émancipée. Exit la croyance en une alternance républicaine. Bleus et rouges mêlés dans un gris cisaillant. Exit les extrêmes gauches si présentes en 68, il y a eu Pol Pot depuis, les Brigades Rouges, rêve devenu boucherie, le communisme aux orties, plus rien à attendre de ce côté-ci. Restent les impasses aigres et meurtrières nourries de crétinerie assistant toutes réjouies à l'agonie des idéologies. Restent tous ceux qui tentent qui se testent ou manipulent, les crapules et ceux qui osent réfléchir tout haut, activité à risque en ces temps où ce qui pousse le mieux c'est la paire de ciseaux. L'impuissance, l'absence de levier, qui ne laisse place qu'à la bile sur les réseaux sociaux... en sortir, l'urgence. Ce qui s'est réuni, qu'on n'entend presque pas sur les médias, ce sont aussi et avant tout les tenants libertaires de l'alternative, les activistes, les zadistes, les coopérateurs utopistes, les inventeurs opiniâtres de solutions nouvelles… Bon. Pas tous. Surtout plein d'insatisfaits qui cherchent un levier. Même de fumée.

Avec un ou plusieurs leviers, il ne nous restera qu'à dénicher le point d'Archimède pour tenter de faire basculer le monde …

On peut rêver. On doit rêver.

Cela dit. Est-ce dû à l'époque ? Au terme de plusieurs semaines de présence vibrante, on ne voit fleurir ni motion ni écrit qui puisse inscrire échanges et intelligence partagée dans une perspective ne serait-ce qu'esquissée… Abondance d'images mais ce qu'on lit ou entend ce sont surtout des commentaires. Pour du plus substantiel, on reste sur nos faims, avec des sentinelles campées dans leurs citadelles face au désert des Tartares, aux forces de l'ordre, aux gestions quotidiennes, à la nécessité de la durée… en attentant que la grande marée syndicale récupère tout ce petit monde pour un idéal de salariés épanouis et sécurisés ?

Pas sûr. Comme disait Dylan, les temps sont en train de changer... Et nos envies aussi.

   PP

jeudi, avril 21 2016

PLACE LIBRE et nette

C'est fini pour la troisième édition de Place Libre. Nous avons quitté la place Aimé Césaire et ses effets venturi dévastateurs pour le Place Jean Jaurès, ses arbres et ses massifs, et ses autobus et son métro ! 1500 spectateurs tout au long de la journée, la grêle qui n'a fait que pointer le bout de son nez pendant trois minutes, des spectacles en bourgeon très appréciés et suivis, une ambiance conviviale et décontractée, ce fut un très beau succès !!!

BRAVO & MERCI

  • Aux artistes et à leurs compagnies pour leur talent, leur peps et leur bonne humeur
  • aux techniciens et administratifs qui les/nous ont accompagnés dans cette journée
  • à la fabuleuse équipe de bénévoles et à leur énergie
  • à Charlène, Jérémie, Kévin, Julie, Léo, Véro et son équipe pour leur engagement,
  • à Daniel, au pompier et au CDN qui nous a abrités,
  • à la ville de Montreuil et à ses services techniques, à la Caisse Locale du Crédit Agricole et peut-être même à la Région pour leurs pépètes et leur sympathie,
  • aux photographes talentueux qui ont mitraillé toute la journée,

et merci , surtout merci, au public qui s’est pressé très nombreux pour cette troisième édition qui fut, et de loin, la meilleure à ce jour !

Jusqu’à la prochaine….

Pierre et la Cie Acidu

des images ICI

mardi, mars 29 2016

mes amis n'aiment pas les sucettes

Soyons utopiques et provocateurs. Je suis pour une réforme du code du travail. Ok pour la flexisécurité à une seule condition; que toute démission donne droit à indemnités (chômage et autre) exactement comme lorsque l'exclusion est le fait du patron. Histoire que dès que les conditions deviennent lourdingues ou simplement que l'emploi ne nous convient plus, chacun puisse tirer sa révérence et avoir le temps et les moyens de rebondir. Histoire que la précarité devienne une arme aussi pour les salariés. Marre du chagrin. Marre de cette notion du travail héritée du XIXème siècle qui fait toujours référence. Marre que le travail pénible soit honteusement sous-payé. Marre de ces emplois qu'on trimballe toute sa vie comme un boulet. Marre de ces hiérarchies auxquelles, mine de rien, chacun souscrit...

Je suis contre la concurrence. Pour l'émulation collaborative.

Travailler ensemble, ça n'a rien de simple mais c'est tellement plus porteur. Un truc qu'on devrait apprendre à l'école mais c'est assez mal barré.

Je constate que la réforme du code du travail soulève nettement plus d'opposition que celles sur la sécurité et l'état d'urgence qui sont pourtant nettement plus pernicieuses. La France sociale est plus réactive que la France politique. Dommage.

Qui croit encore à la démocratie représentative telle que nous la vivons ? qui croit encore à ce mythe ? et si l'Europe se mettait à signer TAFTA... Un cauchemar. Qui pourrait être la fin de l'Europe et la mort de tous les idéaux qui l'ont portée, encombrés d'objectifs nettement moins avouables.

Si on regarde le monde, la France d'il y a cent ans, on vit nettement mieux indubitablement. Et pourtant.... On a un peu l'impression que tout ce qui nous coagule, nous élève, nous permet d'avancer ensemble est, comme qui dirait, en train de se barrer en sucette.

Le sucre, c'est mauvais pour les dents....

C'est pour ça qu'elles grincent.

PP

chant je mens

« Le changement c'est maintenant » comme disait l'autre… Un changement dont on n'a pas vu de glorieux effets jusqu'à maintenant. Et pourtant, nous avons changé, nous changeons, imperceptiblement, dans nos modes de consommation, de collaboration, de prétentions… Avec de jolies petites surprises à la clef, telle la baisse sensible des bénéfices de certaines multinationales pernicieuses, telle l'étiolement des « mandarins » dans le monde hospitalier, où l'on se consulte beaucoup plus souvent en fonction de ses spécialités, à l'horizontale.- Le patron omniscient a remisé sa superbe pour tirer parti de tous les savoirs autour de lui-. On a même vu des infirmières faire appel à des guérisseurs, coupeurs de feu, magnétiseurs pour faire face à l'urgence…. Telles dans l'Education Nationale, ces expériences très réussies d'intrusion de la pédagogie Montessori dans des quartiers sensibles, pédagogie qui repose en partie sur des rapports de collaboration inter-élèves, de maîtrise de ses propres rythmes, de liberté de se déplacer et de choisir ses centres d'intérêts, tellement efficaces et épanouissants qu'on se demande bien pourquoi, hormis la pression des lobbies, ça ne se développe pas comme une trainée de poudre . Bref, les « autorités » et les schémas autoritaires de tous acabits prennent, face à des échecs qui ne cessent pas, un coup dans l'aile. De plus en plus, s'impose la nécessité (et l'envie) de co-construire, de co-décider, de partager…

Est-ce que par hasard on aurait appris la modestie ? La profusion des réseaux et des échanges réticulaires nous transforme-t-elle ?

Internet et ses milliers de portails, de blogs, de commentaires divers génère un confusionnisme indéniable mais crée par ailleurs des champs de connivence surprenants. Tels qui sont totalement opposés sur certains domaines, se retrouvent dans un même combat pour d'autres. Nos clivages ont glissé, glissent encore, perturbant ainsi les tenants de l'ordre ancien, porteurs des valeurs du XIXème ou du XXème siècle, qu'ils soient de droite, de gauche ou d'extrême gauche. Chaque jour on mesure le fossé, on constate le décalage entre leurs cadres d'analyse d'hier et les réalités beaucoup plus mouvantes, fragiles , cruelles et passionnantes, avec lesquelles nous sommes amenés à improviser pour mener nos vies dignement. Sans compter les tenants d'un ordre archaïque, pauvres victimes de cette vieille escroquerie du « c'était mieux avant, quand on était entre nous, tous dans le même camp, sur le même rang, beuglant les mêmes slogans » qu'on retrouve pour la plupart sous ce sigle auquel il ne manque qu'un « i » central pour révéler le destin qu'il nous prépare.

Nous régressons mais nous avançons. Paradoxal mais réel. Même si, tous seuls, nous avons l'impression de faire du sur-place voire de reculer, nous progressons, nous nous modifions pour le pire parfois, pour le meilleur aussi. D'où un décalage patent avec nos dirigeants politiques et économiques (et pas seulement) qui nous brandissent éperdument leurs bréviaires désuets, s'inquiètent pour leurs insupportables prébendes, limitent les paroles iconoclastes, bref, pataugent à côté de la mare, tout cramponnés qu'ils sont à maintenir le monde tel qu'il les a fait, et la répartition des richesses et des pouvoirs qui en découle. Le grand hiatus. La frustration est le moteur de l'Histoire. Elle n'est pas loin de son maximum.

Même dans notre domaine ça bouge. Je ne parle pas de cette baisse constante des budgets territoriaux qui, outre les barons qu'elle dérange dans leur faste créateur, décourage un tas de modestes acteurs qui s'emploient avec des bouts de ficelle à créer jour après jour du vivre-ensemble, du festoyer-ensemble, du rêver-ensemble… ça c'est du subi, du déprimant, du recul. Non, je parle de ces hiérarchies solidement installées dans nos compagnies depuis des décennies, autour de la /du directrice/teur artistique, qui évoluent doucement vers autre chose ; du retour au collectif. C'est ce qui se passe actuellement chez Acidu. Sur les cinq projets qui doivent irriguer notre devenir artistique dans les prochaines années, trois émanent de comédien(ne)s et sont portés par lui/elles. C'est réjouissant. C'est excitant.

Deux de ces créations : les SŒURS PETALES & NAGEUSES SUR BITUME sortiront officiellement pendant le mois de mai, mais les Nageuses sur Bitumes feront une apparition en avant-première sur PLACE LIBRE, ainsi que notre nouveau dromadaire de bois qui sortira sous deux avatars : la Caravane du Désert et le Dromadaire de l'Espace… PLACE LIBRE c'est notre grand rendez-vous du mois. Un évènement sorti de nos cervelles et que nous portons à bout de bras…

   A propos de partage…. Voilà une belle occasion, avec un tas de compagnies de renom.
   Bien à vous
   PP

vendredi, janvier 15 2016

FEU 2015...

... et feues nombres d'illusions.

Le monde et les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits donnent l'impression de se barrer en quenouille et pourtant! c'est maintenant qu'elles sont importantes. Une année pour ne pas perdre la raison, ni l'enthousiasme, ni une indéfectible croyance en l'humanité. Si moral et morale foutent le camp en même temps, quel avenir nous attend ?

La balle est dans notre camp depuis longtemps. Nous avons cru qu'on pouvait la prêter mais elle nous revient dans le nez. C'est à nous de jouer, de construire, d'inventer et aussi, parfois, de persévérer. Chacun sa méthode et son rythme et ses croyances et ses influences. Je nous souhaite de les mettre en échange, en réseau, en action.

Petits nous sommes, mais , comme dit l'autre, le moustique et la puce le sont aussi. Soyons puce et moustique mais aussi arpenteurs, infatigables chercheurs,architectes et colosses dressés. Notre temps et notre force sont limités, mais pas nos capacités de curiosité ni d'amour, ni de rébellion face à l'injustice.

Je nous/vous souhaite qu'elles grandissent encore sur ce gâteau de 366 jours que nous venons d'entamer.

Pour nous, aujourd'hui est temps d'hivernage avec peu de sorties de nos productions. Mais on en prépare d'autres, toutes fraîches, et on se retrouve bientôt, très bientôt, dès que possible, pour les voir fleurir...

PP

jeudi, décembre 31 2015

Il était une fois

Il était une fois un Sultan qui voulait marier sa fille.

Maints prétendants se présentèrent, nobles, riches, mais elle n'en voulait pas et le Sultan, qui l'adorait, désespérait. Survint un roturier, Hassan, qu'elle sembla agréer.

« Tu me demandes ma fille mais que peux-tu me donner en échange, qui n'es ni riche ni noble ? » demanda le Sultan. « Ma vie. Oui, je veux risquer ma vie pour l'obtenir, si tu me donnes une chance. » répondit Hassan, fervent.

Il fut donc convenu que le lendemain, deux papiers seraient proposés au prétendant, l'un avec le mot « Mort » et l'autre le mot « Vie » et que, selon ce qu'Hassan choisirait, il aurait la princesse ou mourrait sur le champ.

Mais le soir venu, le Sultan se mit à se dire qu'il avait été trop bon, qu'avec un peu de patience un prince pourrait se présenter et qu'il risquait une mésalliance qu'il pourrait regretter. Il s'en ouvrit au Grand Vizir qui, sans le moindre scrupule, lui conseilla de faire écrire « Mort » sur les deux papiers.

De son côté, Hassan, pour amoureux qu'il était, réfléchissait aussi.

Que feriez-vous à sa place ?

Le lendemain, il se présenta au palais, entra dans la salle d'apparat, où, en présence du Sultan, de la Princesse… et d'un bourreau, lui furent présentés deux plateaux portant chacun un petit papier. Il salua cérémonieusement, regarda la princesse dont le cœur battait fort, puis, sans hésitation, se dirigea vers un des plateaux, y prit le petit papier et, sans le regarder, le roula en boule et l'avala.

« Très noble Sultan, j'ai fait mon choix. Il est en moi, bien enfoui. Si tu veux savoir ce que je n'ai pas choisi, lis ce qu'il y a sur l'autre. »

L'histoire ne dit pas ce qu'il advint après…

J'aime ce conte car il est riche d'enseignements: - les puissants trichent toujours, quelque soit le discours mais il y a toujours manière de sortir des logiques mortifères. L'affrontement belliqueux n'est souvent qu'une façon de les servir et de s'y enfermer.

Meilleurs vœux (donc choix) pour 2016 !!!

PP

mardi, décembre 8 2015

Leçon

On apprend plein de choses avec les élections
… L’anathème et la diabolisation ne fonctionnent pas, voire même sont contre-productifs. Reprendre des éléments du programme de l’adversaire pour lui couper l'herbe sous les pieds ne marche pas du tout non plus. Ça fait presque 20 ans que nos libertés régressent, que le tout sécuritaire progresse, que les obstacles administratifs se multiplient, qu’on fait risette au FN, gauche et droite réunis, TOUT ça POUR RIEN ! La clairvoyance de nos dirigeants, -qui, pourtant sont passés presque tous par des grandes écoles que nous avons payées et qui devaient en faire des cadors- ne laisse pas que de m’étonner chaque jour.

Le FN s’appuie sur une idéologie faite de mépris racial et social. Ses cadres sont des calculateurs froids sans aucun respect pour ceux qu’ils séduisent. Le FN est dangereux mais ses ouailles l’ignorent, séduites par des slogans simplistes et des tronches de candidats inconnus qui leur donnent l’illusion d’un renouveau politique alors qu’ils ne supportent plus ces éternels mêmes notables qui gigotent à notre tête depuis des lustres. Un sentiment d’ailleurs largement partagé par l’ensemble de la population qui ne se donne même plus la peine d’aller voter pour eux. Et c’est bien la conjonction de ces deux attitudes qui nous amènent à la situation d’aujourd’hui. Un personnel politique lourdement décrédibilisé qui ne fait ni rêver, ni même espérer et les joueurs de flûte d’une alternance délétère qui fonctionnent à la haine et au ressentiment. On pourrait dire bien des choses de la considération qu’apportent à la démocratie les « partis de gouvernement », jouant avec les règles , protégeant les statuts de leurs élus, et se méfiant comme la peste du débat. Une démocratie où le peuple a depuis longtemps cédé la place à l’Elite, et dans tous les domaines, y compris largement et malheureusement, la Culture. Débat démocratique, intelligence collective, sont gravement déniés au profit d’un chantage au FN dont nous avons soupé. Ils sont pourtant les principes absolus auxquels nous devons nous cramponner en ces temps troublés, même si une odeur de 1930 plane indubitablement : crise, montée des extrêmes, délitement social. En 1930, les partis de gauche ont préféré s’entredéchirer, espérant pour certains que l’effet repoussoir des nazis leur donnerait le pouvoir. En 1930 il n’y avait pas l’Europe, et les puissances d’argent ont choisi leur camp, le pire évidemment. Toute ressemblance avec aujourd’hui est à prendre avec des pincettes.

On peut penser bien des choses de la saga élyséenne de F. Hollande. Le moins que l’on puisse dire c’est que jusqu’à présent, concernant l’apanage premier de sa fonction, le choix du Premier Ministre, il n’a pas eu la main heureuse. Le premier manquait cruellement de charisme. Le second repose sur un choix stratégique qui s’avère aujourd’hui catastrophique. Bravo l’artiste ! Quand l’idéal proclamé cède la place aux calculs mesquins… Le combat politique ne se résume pas à conquérir et garder le pouvoir, il consiste avant tout à faire avancer des idées, les partager et les réaliser. Du coup, le choix de la direction du PS de laisser, dans certaines régions, la place à la Droite pour combattre le FN, s’il pourrait passer pour un acte de panache, tient plutôt du minable lâchage, de la piteuse débandade. Quand on croit à ses idées, on les défend pied à pied, même minoritaire, même dans des conditions inconfortables. Mettre l’électorat en demeure de choisir entre le prédateur notable et le prédateur voyou en dit long sur l’état d’esprit de cette machine brinquebalante qu’est devenue le PS. Même s’ils puent, il faut traiter les élus frontistes en adversaires, dans le cadre d’une démocratie, et jusqu’à nouvel ordre. Se batte. Résister. Convaincre.

Nous avons besoin d’un nouveau contrat démocratique, et d’une gauche qui pense ce qu’elle dit et fasse ce qu’elle annonce. Nous avons besoin que les caciques cèdent enfin la place aux idées, à des énergies neuves. Nous avons besoin d’une gauche qui se réinvente, qui arrête de s’arc-bouter sur des partis et des solutions d’un autre siècle pour inventer les solidarités d’aujourd’hui, une gauche modeste mais déterminée, libertaire, dénuée de paternalisme, fraternelle, ouverte, une gauche qui ne recule pas sur ses convictions, dût-elle perdre des élections. Nous avons besoin de pouvoir avancer et espérer ensemble.

Nous avons besoin qu’on enterre à tout jamais le Mitterrandisme.

Pierre Prévost

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